mardi 30 octobre 2012

Erickson, une pédagogie du doute. -> vidéo (démonstration d'hypnose)

En 1964, Le psychiatre américain Milton Erickson a soixante-trois ans lorsque cette série de cinq démonstrations est filmée. Celle que je propose de regarder ici est la deuxième séance de cette série.
Ce film qui témoigne du style très caractéristique du Dr Erickson est intéressant à plusieurs égards.
Sans avoir la prétention de vous offrir un décryptage précis de cette séance (car il y aurait trop à observer et à expliquer), je me propose de vous donner quelques clés pour comprendre la particularité de cette démonstration. 


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  1. Le souvenir d'une expérience émotionnelle ou cognitive telle qu'une hypnose ramène immédiatement des petites réactions physiologiques qui favorisent le fait de rentrer à nouveau dans cet état déjà connu. C'est pourquoi Erickson demande à la femme si elle a déjà été dans une transe avant. Le mot trance en anglais était couramment associé aux états hypnotiques à cette époque et n'a pas la même connotation que le mot « transe » en français. La façon dont Erickson formule la question sous-entend qu'elle va de nouveau être dans une transe maintenant. Il utilise comme méthode d'induction un questionnement très suggestif orienté vers une expérience passée d'hypnose.
  2. Puis Erickson lui demande qui l'avait hypnotisée à l'époque. En la replongeant dans le contexte, il la pousse à revivre ce souvenir. Puisqu'elle est occupée à explorer sa mémoire, il lui est facile de guider le bras de la jeune femme dans une position qui est maintenue par une rigidité involontaire qu'on nomme catalepsie (il a lâché son bras mais au moment où elle était occupée à l'écouter, si bien que c'est inconsciemment qu'elle a "pris le relais" pour maintenir la position). L'hypnose s'accompagne souvent d'une catalepsie du corps et une catalepsie qui se maintient est le signe évident d'un état pré-hypnotique, voire hypnotique. Une catalepsie est une rigidité confortable qui s'accompagne souvent d'une analgésie, voire d'une anesthésie naturelles. 
  3. Remarquez comme Erickson répète systématiquement chacune des phrases que la femme prononce. Il les répète souvent avec une intonation interrogative. Ainsi, il obtient de sa part qu'elle fasse un léger « oui » de la tête pour lui confirmer qu'il a bien compris. Puis il enchaîne sur une nouvelle question suggestive ayant pour but de l'orienter vers l'hypnose. Ce simple élément de style très propre à Erickson a de multiples effets. Notons seulement qu'il insiste ainsi sur le fait qu'il l'a bien entendue et que sa réponse compte. Cela crée un climat de confiance réciproque très fort. Et ce qu'il lui demande s'inscrit dans la suite de ce qu'elle a dit, elle peut donc moins facilement y résister.
  4. Lorsque la femme reconnaît que la sensation qu'elle a dans son bras est un bon signe qu'elle est probablement dans une transe maintenant, Erickson lui demande quelle est cette sensation. Puis il répète mais en faisant semblant d'avoir mal compris ce qu'elle a dit. Il fait l'idiot en quelque sorte. Et plusieurs fois. Ainsi, il la pousse à dire « non » plusieurs fois. Il décharge sa résistance, car en effet, elle a un caractère vif et ses réponses laissent peu de place au doute. Le travail d'Erickson, ici, consiste à instiller du doute en elle, lui apprendre à douter. Elle finit par douter de ce qu'elle ressent et reconnaît que son bras n'a plus tellement l'air d'être vraiment une partie d'elle. Mais cette méthode de l'erreur volontaire qu'Erickson décrit souvent dans ses écrits a aussi pour effet de pousser le sujet à répéter l'information, à l'amplifier, à consolider la réponse en elle.
  5. C'est ce travail du doute qu'il continue aussitôt. Il lui demande, alors que c'est évident, si ses yeux sont ouverts. Elle répond bien sûr que oui. Aussitôt, il lui demande « En êtes-vous certaine ? » Cette simple question est bien connue comme une suggestion de doute très puissante depuis les travaux de Binet et Janet au XIXème siècle, qu'Erickson cite volontiers. En persistant dans ce doute, il obtient que ses yeux se ferment malgré elle, sans le demander directement (de plus, il la guide par ses propres clignements vers cette réaction). Il a installé un schéma de rapport entre eux : s'il insiste bien, par trois ou quatre questions semant le doute en elle et l'obligeant à s'interroger au-delà de sa certitude, il parvient à briser sa résistance et l'amener dans une autre direction. Erickson joue la carte de l'insistance et avec succès.
  6. Désormais ouverte à ses suggestions, le Dr Erickson lui souhaite de prendre beaucoup de plaisir dans l'avenir à faire un usage utile de l'hypnose dans un cadre médical ou dentaire et de ne surtout jamais l'utiliser pour divertir les gens mais pour les "restructurer" et les informer, ce qui est également une suggestion qu'il lui adresse. Cela nous laisse penser que la femme en question est une professionnelle de santé qui souhaite faire usage de l'hypnose et nécessite peut-être d'être encouragée pour gagner en habileté et en aisance dans cette pratique.
  7. Une chose étonnante avec cette femme est qu'elle garde tout au long de la séance un ton de voix et une façon de parler absolument vifs et lucides, absolument comme si elle était dans son état ordinaire. Cependant, elle dit elle-même ne pas l'être puisqu'elle ne peut plus bouger le bras et n'est plus consciente de rien si ce n'est de la voix d'Erickson. Une fois les yeux ouverts, elle ne voit plus que lui (elle ne voit plus les autres personnes présentes derrière les caméras). Ce phénomène est typique du « rapport » en hypnose profonde. La personne hypnotisée n'a plus de contact qu'avec la personne qui l'a hypnotisée. Elle est coupée de tout le reste du monde extérieur sauf si l'hypnotiseur avec qui elle est en rapport l'autorise à percevoir autre chose. Ce phénomène est une preuve largement suffisante de l'état hypnotique de cette femme. Cependant, elle a conservé la voix comme moyen de communication entre sa conscience et son guide. D'ordinaire, la plupart des personnes ressentent une difficulté croissante à parler et une grande paresse intérieure à faire un tel effort. Les réponses sont alors courtes et peu articulées. Et il faut souvent autoriser avec insistance la personne à faire cet effort pour qu'un contact verbal soit rétabli. Le fait qu'Erickson l'ait hypnotisée par des questions, donc un échange permanent a sûrement favorisé le maintien de son oralité. Cela convient aussi à sa façon de parler tout-à-fait dynamique.
  8. Comme le fait remarquer Jeffrey Zeig lorsqu'il commente cette session, le moment où le Dr Erickson « libère » le bras droit en mettant le bras gauche en catalepsie à la place est certainement un acte métaphorique fort par rapport au besoin de cette femme. La séance entière est un superbe recadrage qui contient de nombreux recadrages : une façon d'apprendre en sept minutes à adopter un regard, une position, une attitude très différentes par rapport aux choses.
  9. Après avoir appris à cette femme d'aplomb à douter, il émet un doute sur la douleur qu'elle ressent (ce qui nous permet de comprendre que cette femme souffrait d'une douleur en plus d'avoir besoin de plus d'aisance dans sa pratique professionnelle de l'hypnose). Il lui demande sa réaction à la phrase « je doute que vous ayez une douleur ». Il l'oblige à entrer en elle et à interroger la réalité de sa douleur. Toute partie de sa douleur qui ne serait pas réelle ne résisterait pas à un tel examen, maintenant qu'elle n'est plus enfermée dans sa certitude (croyance aveuglante, biais), mais qu'elle peut ouvrir un regard plus critique et sincère sur elle-même. Et c'est ce qui se produit : elle dit ne plus vraiment ressentir tellement de douleur et que c'est une chose merveilleuse.
  10. Notez qu'Erickson ne lui dit pas « A partir de maintenant, vous n'aurez plus mal... ». Il ne fait que lui poser d’innocentes questions. C'est ensuite à elle de s'autoriser ou non à construire en elle-même une réponse. Erickson ne sait pas s'il est bon pour elle de continuer ou non de ressentir de la douleur. Il lui offre seulement une ouverture d'esprit, une capacité à interroger ce qu'elle croyait certain, acquis, et ainsi à se construire, si c'est possible, un point de vue plus neuf et plus juste. Il lui offre une remise en question de sa douleur. Et ce questionnement, il l'a symbolisé à tous les niveaux dans son accompagnement : en ne lui posant que des questions ; en insistant sur le côté relatif de ce qu'on ressent en hypnose, en montrant que la sensation d'un bras peut se transmettre à un autre, qu'on peut oublier des choses, comme ce qu'elle ne voit plus et qu'elle n'entend plus, etc... Et donc, que la perception en général, tout comme la perception de la douleur, est une question de subjectivité. Erickson insiste souvent sur l'idée que l'hypnose consiste seulement à inciter les gens à reconnaître la subjectivité et l'arbitraire de leur expérience, et ainsi reconnaître qu'il peuvent très bien adopter d'autres façons de vivre les choses s'ils le souhaitent. C'est tout l'aspect permissif d'Erickson qui ne programme pas de solution, mais offre seulement la possibilité d'un changement.
  11. Alors qu'Erickson demande à la femme de se réveiller totalement, celle-ci lui répond « comment puis-je me réveiller totalement si je ne peux même pas rabaisser mon bras ». Sa résistance s'applique jusqu'au fait de refuser de se réveiller immédiatement. Elle finit par faire les choses, mais son processus consiste à s'approprier la façon dont cela se passe en y obéissant que partiellement dans un premier temps. Dans un sens, elle a bien retenu la leçon sur le doute.
  12. Erickson utilise à plusieurs reprise l'attente. Au sens où il attend, mais au sens également où il s'attend à ce que quelque chose de précis arrive, et son espoir très ferme est très suggestif. C'est le sens du mot anglais expectation, difficile à rendre en français. A plusieurs reprises, Erickson oppose à la résistance de la femme sa patience indéfectible teintée d'une conviction très ferme que la réaction qu'il a demandée (au début, que les yeux se ferment, à la fin, que le bras retombe et qu'elle se réveille) se produira. Son attitude suggère : « ce n'est qu'une question de temps, et j'ai tout mon temps (alors autant ne pas traîner) ». Cette attitude d'attente après avoir correctement suggéré une réponse est aussi l'une des bases de l'approche de l'hypnose typique du Dr Erickson. La patience et le respect du paramètre temps sont certainement parmi ses enseignements les plus capitaux. Et ceci n'est pas seulement une question de morale mais aussi une question technique. Ignorer qu'une réponse hypnotique se développe dans un certain temps, c'est probablement n'avoir rien compris à la nature même du phénomène hypnotique.

J'espère que ceux que cette vidéo aura intéressés se sentiront inspirés par l'élégance d'un style de communication hypnotique absolument impeccable. Que ce soit ou non le cas, je serai ravi de lire vos opinions, questions, remarques sur cet extrait. Laissez vos commentaires ! 


Dr Milton Erickson 1901-1980, USA
 

lundi 29 octobre 2012

Les secrets de l'hypnose tactile

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Une fois dans l'hypnose, le toucher sert encore à tester la réactivité et à l'approfondir l'état.



Suggestion non verbale et hypnotisme physio-mécanique

Au XXème siècle, l'hypnose est devenue quasiment indissociable de la suggestion verbale. La dimension linguistique de la relation d'influence entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé à fait l'objet de toutes les attentions, et nombreux sont ceux qui cherchent la « formule » propre à plonger n'importe quel individu dans un état de somnambulisme hypnotique, la phrase qui condenserait tellement de contenu suggestif qu'elle serait suffisante à mettre une personne dans un état second, dans une transe. Moins nombreux sont ceux qui, suivant les conseils pratiques d'Erickson, ont passé assez de centaines, voire de milliers d'heures à travailler la suggestion qu'ils puissent produire des contenus suggestifs denses et précis.

Cela dit, la suggestion est une influence qui ne passe pas toujours par les mots. Au XIXe siècle, lorsque les psychiatres ont commencés à abandonner l'hypnotisme pour l'étude de la suggestion, ils l'entendaient dans son sens large, comprenant non seulement la suggestion verbale mais également la suggestion non verbale.

Prenez une boîte vide, faites semblant de la porter avec beaucoup d'efforts comme si elle était très lourde. Et sans dire un mot, transmettez-là à une autre personne. Celui-ci déploiera beaucoup trop de force pour la saisir et sera surpris de la trouver si légère. Peut-être même en perdra-t-il l'équilibre. Votre attitude a suggéré la lourdeur de la boîte, et a influencé par avance son appréciation de l'effort nécessaire. Il s'agit bien de suggestion non-verbale.

C'est notamment grâce à la suggestion non-verbale qu'il est possible d'accompagner une personne dans un état hypnotique sans prononcer un seul mot. Mais pas seulement.

Il existe des mécanismes physiologiques propres à induire l'hypnose. L'activation de ces mécanismes incite le cerveau à développer les deux caractéristiques d'une hypnose :
  • une altération de la conscience, un déplacement de la personnalité hors de son cadre habituel de croyance et d'interprétation.
  • une attitude d'attente (et non d'initiative) et de réceptivité accrue.
Ainsi, sans dire un mot, il est possible, par quelques gestes simples, d'obtenir cette altération accompagnée de cette relation spécifique et ainsi de plonger un individu dans un état dit hypnotique.

Il peut s'agir de jouer sur l'instruction non verbale par le regard et le visage, sur la proxémique (la position du corps par rapport à l'autre), sur les rythmes et le mouvement, notamment pour obtenir l'induction d'une hypnose sans contact tactile, à distance.


L'hypnose tactile 

 
Mais il reste une catégorie bien particulière d'inductions non-verbales et ce sont précisément les inductions tactiles : celles qui passent pas le toucher, par un contact.

Certaines personnes ont cherché du côté des méridiens de l'énergétique chinoise pour élaborer des touchers efficaces à induire telle ou telle réaction, telle ou telle relation. D'autres du côté des chakras de la tradition indienne. D'autres encore se sont basés sur le fonctionnement du système nerveux. L'explication est une chose, et la technique une autre chose.

Or, les hypnotiseurs connaissent, élaborent, pratiquent et se transmettent des types de touchers propre à induire l'hypnose et ce depuis les débuts de l'hypnose moderne (Des études, notamment en France aux XVIIIe et XIXe siècle et en URSS au XXe siècle, ont apportés des éclairages téchniques très intéressants dans ce domaine). En général, ces contacts, effleurements, pressions, tapotements, et autres sont accompagnés de suggestions verbales, si bien qu'on ne sait pas toujours ce qui est efficace à produire la réaction, sur qui, quand, et comment.

Cependant, il est notable qu'il est possible et même relativement facile d'induire un état d'hypnose à une personne dont on ne parle pas la langue et qui ne parle pas notre langue, sans prononcer un seul mot que cela passe par un contact physique ou seulement visuel.

Il n'y a rien de magique à cela, même si l'effet, pour un spectateur éventuel est suffisamment impressionnant pour qu'il s'imagine qu'il puisse y avoir une puissante magique transmise d'un être à l'autre. La seule magie est celle du système nerveux humain et de la communication de deux systèmes nerveux entre eux. Cela dit, certaines attitudes suggestives seront favorisées par l'intime conviction de l'hypnotiseur qu'il agit par une force magique, soit qu'il feigne momentanément cette conviction avec sincérité ou qu'il en soit dupe dans son système habituel de croyances. De même, il est possible, mais non vérifié, qu'une croyance magique de la part du sujet le rende également plus réceptif aux suggestions. Mais comme nous parlons d'un phénomène nerveux, physiologique, nous ne pouvons pas en tenir compte. Nous ne croyons pas que la naïveté soit jamais une qualité supplémentaire pour un sujet en hypnose. Les personnes disposant d'un bon esprit critique sont toutes aussi réceptives à l'hypnose que les personnes les plus crédules. Il arrive souvent que des personnes très peu sensibles aux suggestions soient très sensibles à l'hypnose. Et il arrive également souvent que des personnes très suggestibles et très influençables répondent assez mal à l'hypnose.

Sans révéler ici les techniques de l'hypnose tactile, on peut distinguer celles qui se basent sur un toucher répété ou prolongé et celles qui misent sur un toucher unique. On peut aussi distinguer les touchers statiques (pressions, …), les touchers mobiles (effleurements, glissements, ...), les touchers rythmiques (bercements, tapotements, ...), et les touchers uniques (massages, décontractions, catatonies, catalepsies...)

Apprendre les mécanisme de l'hypnose tactile et de la suggestion non-verbale devrait être une base pédagogique de l'hypnose avant même d'ajouter un mot au processus. En effet, cela permet de comprendre les mécanismes physiologiques en jeu et de se rassurer sur la simplicité d'induire l'hypnose sans avoir la pression d'un langage précis et maîtrisé.

Sans dire un mot, il est possible d'hypnotiser une personne. Pourtant ces démonstrations sont très rares. La plupart du temps, lorsqu'une personne fait la démonstration d'une hypnose non-verbale, elle se tait à un moment donné mais après avoir largement commenté ce qui allait se passer, etc... Ce qui revient en réalité à de nombreuses suggestions verbales. Ca n'est ni plus ni moins qu'un moment de silence dans une hypnose très bavarde.

La question qui revient souvent c'est, comment diriger cet état d'hypnose vers un bienfait ou une expérience particulière sans utiliser les mots ? Il n'est sûrement pas facile et peut-être même pas possible de tout suggérer par la pantomime ou l'exemple. Cela dit, beaucoup de « protocoles » de thérapie peuvent être montrés avec précision sans un mot. Beaucoup d'effets peuvent être également suggérés sans mots. Cela nécessite évidemment une solide formation dans ce sens.

Une autre question est celle de l'hypnose yeux fermés : comment réveiller une personne de l'hypnose si elle a les yeux fermés et qu'on a décidé de ne pas utiliser de mot ou qu'on ne parle pas de langue commune. En effet, même si l'hypnose peut aussi bien se faire yeux ouverts que yeux fermés, il n'est pas rare de constater que les yeux se ferment spontanément avec un certain stade d'approfondissement de l'état. Et beaucoup d'hypnotiseurs s'arrangent pour obtenir du sujet qu'il ferme les yeux ou le lui demandent. Si on travaille totalement en non-verbal, il est préférable d'installer la suggestion de réveil par pantomime avant la fermeture des yeux, au tout début, et de la lier à un contact tactile.

Ceci étant dit, l'hypnose tactile, comme les méthodes non verbales et physiologiques, est en général combinée avec les suggestions linguistiques, ce qui ne pose aucun problème de ce genre puisque le conditionnement du réveil pourra être explicité verbalement, ainsi que les suggestions de ce qu'on veut obtenir à l'intérieur de cet état.

Évidemment, il ne s'agit pas ici de citer des touchers et des techniques qu'un lecteur peu scrupuleux s'empresserait de tester autour de lui. Ces techniques restent destinées à l'exercice de professionnels qualifiés et demandent de suivre de formations adaptées pour en maîtriser tous les tenants et les aboutissants.
Cela dit, malgré la teneur apparemment théorique des articles de ce blog, l'apprenti curieux pourra trouver dans les différentes publications ici compilées nombre de « trucs » et d'exercices pour découvrir en amateur et en toute sécurité le mécanisme de l'hypnose. 


lundi 1 octobre 2012

La fonction du guide : une domination bienveillante ?

Ce dont nous allons parler, c'est de l'hypnose en tant que relation inégale entre deux individus.


Télémaque et Mentor




Le guide


Voici à peu près comment les choses se passent :

Si vous êtes dans une ville que vous ne connaissez pas, vous pouvez vous perdre facilement. Vous ne savez pas forcément où aller. Vous pouvez alors décider de placer votre confiance dans une personne qui sera votre guide. Bien sûr, il a quelque chose que vous n'avez pas : lui connaît bien cette ville et pas vous. Et toute votre relation reposera sur le fait que vous assumez avec confiance de profiter de sa supériorité sur vous dans ce domaine. Et vous le suivrez. En réalité, la confiance, vous l'avez déjà en partie avant même de le contacter. Mais en le connaissant, elle grandira et vous pourrez vraiment savoir jusqu'où vous pouvez le suivre les yeux fermés.

L'hypnose est exactement le même type de relation mais non pas dans le tourisme urbain, plutôt dans le tourisme des états de conscience.

Vous allez visiter un état second particulier. Peut-être est-ce un état tout nouveau pour vous (transe, somnambulisme, régression, etc...) Ou sûrement le connaissez-vous déjà sous sa forme naturelle et spontanée (hyper-concentration, hyper-imagination, sommeil, demi-sommeil). Dans ce cas, vous vous apprêtez à le visiter autrement.
Vous faites appel à un guide qu'on nomme parfois hypnotiseur. Si vous franchissez ce cap, c'est que vous avez déjà un peu de confiance, et peut-être encore beaucoup d’appréhension également. Au premier contact, vous pouvez approfondir cette confiance. Et lorsqu'elle est suffisante, vous vous laissez guider par ce qu'il dit. A tout moment, bien sûr, si votre guide ne semble plus vous guider proprement, vous cessez de le suivre. Mais tant que tout va bien, tout le plaisir consiste pour vous à ne prendre aucune décision et à suivre joyeusement les instructions. Vous n'avez pas à regarder la carte, alors vous pouvez prendre du plaisir à regarder le paysage.
Ainsi, l'hypnose vous « déplace » littéralement dans un autre disposition de la conscience. Et vous y allez guidé par l'hypnotiseur.
Et une fois dans cet endroit, lui connaît le chemin pour vous emmener où vous voulez. Alors vous continuez de le suivre. Vous, vous ne sauriez pas vous guider tout seul. Et c'est pour cela qu'il est là.

Et c'est aussi pourquoi l'hypnose a une telle relation avec la thérapie. C'est que tout acte psychothérapeutique actif est de cet ordre : vos représentations du monde ne vous ont pas permis de dénouer le nœud que vous vous trimbalez. La thérapie vous « déplace » dans une autre cadre, une autre vision, un autre système. Seul, vous y seriez perdu, mais le thérapeute vous y guide. Parfois même, il vous prend par la main. D'autre fois, il vous montre une direction et vous laisse y aller seul. Et dans cet autre cadre, vous voyez les choses différemment. Le nœud peut enfin se défaire. Il aura fallu ce petit voyage pour rentrer chez soi d'une façon meilleure.

L'hypnose comme la thérapie est donc une entrée pour vous dans le cadre d'un autre. C'est lui qui pose le cadre, les règles du jeu, car c'est lui qui connaît le terrain de jeu.

Maintenant, imaginez que vous êtes au milieu d'une ville que vous ne connaissez pas. Vous avez loué un guide. Vous lui faites confiance. Et celui-ci vous dit : « pour allez où vous voulez aller ? Faites comme vous le voulez. Je respecte pleinement votre liberté et ne vous suis en rien supérieur. Je ne sais rien et je sais que je ne sais rien. Alors maintenant vous pouvez prendre à gauche, ou tout droit, ou à droite, ou bien rester où vous êtes, ou pas. C'est à vous de le sentir. » Oui, vous comprenez où je veux en venir. Peut-être que vous feriez le bon choix spontanément. Peut-être que vous parcourriez toutes les rues et finiriez par trouver. Ou pas.
Et bien cette attitude qui s'est beaucoup développée en thérapie avant de régresser dernièrement reste par contre complètement impossible en hypnose, qui repose entièrement sur ce déplacement. Et pourtant, certains l'osent et cette attitude prend du terrain.

Parlons clairement. Mon expérience et ma connaissance m'incitent à penser aujourd'hui que l'essence de la relation hypnotique est une forme bienveillante de domination et de soumission consentie basée sur la confiance réciproque. Mais en aucun cas une forme d'égalité. Le guide n'est pas égale à son guidé dans le cadre de leur promenade. Cela ne signifie pas que les individus en soi soient supérieurs ou inférieurs, ou qu'ils doivent se dominer ou se soumettre les uns les autres dans l'absolu. Ca n'est pas non plus une apologie du pouvoir. Mais une description de ce qu'on appelle aujourd'hui par un anglicisme évocateur : le leading.
Et si l'ego du sujet l'incite à résister à se laisser guider, il met en échec tout la relation qui cessera d'être hypnotique. De même si la frilosité du guide l'empèche de marcher devant.
Le guide marche devant. C'est sa fonction. C'est son travail.
C'est grâce à l'installation d'un leading fort que l'on peut sur un claquement de doigt faire sortir une personne de l'hypnose et qu'elle se retrouve parfaitement éveillée. Et c'est aussi cette relation de parfait accompagnement en profondeur, à un niveau automatique qui donne toute sa spécificité à l'hypnose en tant qu'état de réceptivité où les changements sont rendus possibles.



La domination

Dans cette époque où l'opinion dominante est particulièrement frileuse face à toute forme de hiérachie, il est difficile de tenir un discours divergent de l'inévitable « tout se vaut », « toutes les idées (sauf certaines, cf. petite liste noire du politiquement incorrect) sont également valables », et « tout les êtres sont merveilleux ».
A chacun de se faire une opinion (qui sera de toute façon correcte et légitime par avance).

Cela dit, il devient également difficile d'admettre que les individus entre eux puissent s'organiser selon une relation dominant-dominé. D'ailleurs, le terme de domination est devenu négatif. Et l'idée de dominer une personne est une bien mauvaise chose. Paradoxalement nous faisons tout pour, et lorsque nous n'y réussissons pas, nous essayons de garder la face et de cacher notre frustration sous beaucoup de mauvaise foi.

Dans le cadre de la thérapie, l'époque du New Age a imposé une culture de l'anti-domination. L'hypnose était connue pour être une position dominante d'une personne sur une autre, et pour qu'elle survive dans cette nouvelle bien-pensance, il a fallu créer une idéologie autoritaire du « low status », la position basse.

Et l'hypnose a perdu à cet époque toute son essence. L'hypnotiseur est devenu une éponge sensée ne jamais rien savoir, ni imposer à son sujet (qu'il devient alors illégitime de nommer ainsi). Il utilise uniquement le vocabulaire de son consultant (rappel : consultant = celui qui consulte et non celui qui est consulté), il respecte et parfois adopte ses croyances, ses idées, son univers, son point de vue, ses jugements, ses névroses, etc... jamais il ne lui prescrit de faire telle ou telle chose mais il lui propose éventuellement, s'il le souhaite, de bien vouloir faire quelque chose qui lui viendrait à l'esprit. Cette mollesse du référent est décevante et frustrante pour les personnes qui font preuves de peu d'initiative naturelle qui attendaient qu'on leur dise quoi faire et où aller. Et cette mollesse offre à ceux des consultants qui s'avèrent plus forts de caractère une totale liberté de faire ce qu'ils veulent et de mener la séance eux-mêmes. De mener l'hypnotiseur par le bout du nez.

En soi, on pourrait dire : pourquoi pas ? Un thérapeute « Zélig » sans consistance peut être le catalyseur de type psychanalytique d'une auto-thérapie. C'est d'ailleurs là une grande marque de l'influence d'une certaine psychanalyse.
Mais l'attitude n'est pas seulement présentée comme une simple technique, mais encore comme une véritable posture morale : la position basse. Le thérapeute a désormais comme impératif moral de faire preuve à tout moment d'une humilité confinant à l'auto-humilitation, dans une sorte de récupération naïve du « je sais que je ne sais rien ». Or, le thérapeute est formé ; il a appris des choses. Et s'il décide de faire ce métier, c'est parce qu'il en arrive à un point où il peut se dire « je sais que je sais des choses et que j'ai la compétence pour en faire profiter mon prochain ».

Mais en vérité, le thérapeute-éponge qui refuse d'être un thérapeute-guide, ça ne marche pas. La séance face à un tel thérapeute se passe à peu près comme cela :
  • le thérapeute mène l'entretien uniquement si la personne en face lui en laisse l'occasion. Ses suggestions, s'il a le temps d'en placer, sont reçues par une personne qui n'y est pas forcément réceptive.
    - dans la phase d'usage de l'hypnose, le sujet au mieux part de lui-même en auto-hypnose et fait sa petite affaire avec la voix de l'autre en musique d'ambiance, et au pire, attend, les yeux fermés, vaguement relaxé, qu'il se passe quelque chose tandis que l'autre lui tient des propos inconsistants. Si survient un petit décrochage, l'hypnotiseur saute dessus pour le considérer comme le fruit de sa méthode d'induction, et en aucune façon de l'ennui, ou bien il passe à côté et ne l'exploite même pas.
  • Les phénomènes hypnotiques basés sur une impression de perdre le contrôle, ou les distorsions de la perception, de la mémoire, de la personnalité, si elles sont utiles sont quasiment impossibles à obtenir dans cette relation. Et d'autant plus qu'ils se présenteront comme extraordinaires.
  • Les résultats sont voués au hasard et de l'ordre du placébo
  • l'opérateur n'ayant aucune prise sur son sujet, si celui-ci est bel et bien rentré dans un état second (sommeil, etc...), il a le plus grand mal du monde à le réveiller, et il lui faut un long moment et beaucoup de suggestions progressives pour obtenir un sujet totalement réveillé.

L'hypnose est précisément basée sur une notion fondamentale dans la relation interhumaine, qui est la domination, au bon sens du terme. Cette domination animale est cette relation qu'on peut observer par exemple lorsque deux chiens jouent ou se battent, et l'un parvient à saisir le cou de l'autre entre ses crocs. Il ne lui fera pas de mal, mais l'autre accepte de se soumettre en se couchant sur le dos. A partir de là, leur relation est établie, même si, cinq minutes plus tard, il peuvent inverser la relation.

Chez l'humain, cette relation peut s'établir de plusieurs façons. Citons-en quelques unes.

  • par la confiance. C'est le rapport le plus souvent utilisé dans l'hypnose surtout depuis Milton Erickson au XXe siècle qui en a fait un paramètre d'une importance capitale, mais déjà bien avant lui. C'est clairement une position où une personne accepte l'ascendant d'un autre de plein gré et avec plaisir parce qu'il a une confiance suffisante en lui pour le suivre. C'est la position du guide que nous venons de développer. *(note en bas)
  • Par le langage. Une hiérarchie se crée naturellement entre les individus humains en fonction de leur maîtrise du langage, de leur registre, de la richesse de leur vocabulaire et de leur capacité à comprendre, à convaincre, à exprimer des idées, à défendre des arguments, voire à manipuler l'autre. Dans certains contextes, celui qui est dominé linguistiquement peut renverser le rapport par la force, pas le mépris, ou par la caricature. En hypnose, la maîtrise de la dimension linguistique est surtout utile pour assurer cette autorité intellectuelle qui incite l'autre à faire confiance à la personne en face. Une fois cette démonstration faite, la confiance établie, cette domination qui menace la compréhension des idées est à tempérer. Il s'agira alors d'être clair et d'être compris en stimulant le moins possible un effort pour comprendre. Donc, on adopte ensuite un langage simple et confortable pour tous qui n'interfère pas avec la régression naturelle du bercement hypnotique et au contraire l'encourage : un langage de plus en plus enfantin (et de moins en moins technique).
    Un hypnotiseur qui n'aurait pas un niveau de langage supérieur à son interlocuteur pourra se retrouver en difficulté, à moins d'assumer une autre façon d'établir la relation (en chercher une dans cette liste)
  • Par la culture et la connaissance. Cette domination peut être réelle ou non. Un diplôme affiché dans un cabinet suffit à donner à la plupart des gens l'impression que la personne en face en sait plus qu'eux, et qu'il est utile de l'écouter sagement et de faire ce qu'il dit. Ainsi, lorsqu'il suggère qu'on ira mieux, alors ça doit être vrai. C'est aussi cette relation qui entre en jeu dans la relation guide-guidé. Le guide connaît le chemin, c'est sa supériorité en terme de connaissance. Ou bien encore, il possède une carte qu'il pourra ou non donner à l'autre.
  • L'automatisme. On doit notamment à Binet, Ribot, Braid, Pavlov et bien d'autres des études sur cette question. Dans le cas qui nous intéresse, disons que cela commence par le fait de jouer le jeu de la soumission et de l'obéissante (compliance, en anglais) dans un premier temps, et qui se continue comme une relation naturelle de confiance. Par exemple, je vais faire accepter à la personne en face de faire une série de choses simples tel que lever un bras, le baisser, tourner la tête, dire un mot, etc... Avec la monotonie et la simplicité de l'exercice se crée une disposition de réceptivité simple chez l'autre. Cette phase peut durer trente secondes aussi bien qu'une heure pour voir apparaître un automatisme satisfaisant. Il suffit ensuite de lui demander progressivement des choses plus propres au développement d'une hypnose pour que celle-ci apparaisse rapidement. On peut dire que cette méthode repose vraiment sur le fait de « jouer le jeu ». La confiance est donc de mise au départ.
  • La peur. Méthode ancienne notamment utilisée par l'abbé Faria en son temps mais qui est restée très ancrée dans l'imagerie populaire. C'est en effet la méthode de subordination d'un individu la plus proche de la domination animale. Une personne qui a peur se retrouve parfois dans un état de réceptivité particulière qui la pousse à accepter ce que dit l'autre comme vrai, ou à suivre ses directives. C'est l'archétype de l'hypnose du vampire dans Dracula. On la nomme parfois « fascination » lorsqu'elle se présente sous une certaine forme, paradoxalement effrayante et séduisante. Pourtant, la docilité comme réponse à la peur se fait souvent sur fond d'une confiance. Sans confiance, la peur conduit à la soumission uniquement s'il y a menace. Dans l'hypnose moderne, évidemment nous faisons tout pour rassurer les personnes et éviter ce type de relation. Cela dit, lorsqu'une personne se prête pour la première fois au jeu de l'hypnose, elle ressent une appréhension qui la déstabilise et accroît sa réceptivité de façon bien utile pour qui sait l'utiliser et l'orienter rapidement vers un état rassurant et confortable. Les phénomènes hypnotiques tels que la paralysie ou les mouvements involontaires produisent également un tel effet.
  • La surprise. Variante moins négative de la peur, elle ouvre aussi vers un état de réceptivité particulière. Si je surprend quelqu'un, j'ai un temps d'avance sur lui. Dés lors, il peut accepter cette position et me suivre. La surprise marque une domination très vivace qu'il faut savoir saisir et exploiter par la confiance rapidement.
  • L'attente. La création d'une attente, la rétention d'information, l'art de ménager le suspense, les pauses dans la phrase, tout cela contribue aussi à la domination bienveillante. L'autre a envie de se prêter à cette douce soumission qui consiste à attendre pour enfin découvrir. C'est notamment la relation de l'auteur et du lecteur, du conteur et de son auditeur.
  • La confusion. La confusion mélange l'attente et l'illusion d'une domination intellectuelle. Qu'elle soit verbale ou non-verbale, la confusion est cet état passager dans lequel est plongée la personne qui « ne suit plus », qui est dépassée. Or, si je tiens un discours illogique, ou très abstrait, ou excessivement répétitif ou bien encore si je fais des gestes confus et étranges, tout en semblant parfaitement sérieux, mon interlocuteur peut expérimenter ces moments de décrochage durant lesquels il n'arrive plus à me suivre. Cela pose une certaine domination qu'il faut savoir saisir. Il passe en « low status » et me donne d'emblée un « high status » dans notre rapport. C'est alors que, si je lui dis quelque chose, ou bien que je lui demande quelque chose, il pourrait l'accepter plus volontiers. Etant perdu, il accepte que je le guide. Je le perd volontairement, pour le mettre en demande d'un guide. La désorientation spatiale en est un exemple édifiant.
  • La force physique. Elle impose évidemment un rapport disproportionné, non pas pour accepter intellectuellement les idées de l'autre, mais pour faire ce qu'il nous demande. Une personne qui pourrait nous faire du mal physiquement attire chez nous plus facilement un déploiement de comportements dociles visant à établir de bons rapports entre nous. Je n'ai pas le souvenir d'une hypnose basée sur un rapport de force, bien que ce paramètre puisse jouer dans certains cas de façon infime comme tout autre.
  • La domination sexuelle. Une personne qui peut offrir sexuellement ce que l'autre recherche est en position de domination évidente. Une très belle femme, par exemple, peut obtenir, dans certains contextes, qu'on la croit et qu'on fasse ce qu'elle demande plus facilement qu'une autre personne. La beauté est, d'une façon général et quelque soit le sexe, un paramètre qui facilite la confiance, comme le montrent les études.
  • L'argent. Et plus généralement, la domination sociale. Une personne qui porte un costume très cher est plus souvent obéi et voit autour de lui des personnes se soumettre naturellement beaucoup plus qu'une personne qui porte des habits miteux.
  • Bien d'autre modes de domination encore …


L'art de jouer sur les « status » n'a rien à voir avec une volonté de pouvoir malsaine. Lorsqu'on parle ici de domination, c'est parce qu'il s'agit d'une réalité. L'idée d'une parfaite égalité entre les personnes est belle, tout comme est belle l'idée d'un thérapeute qui « devient » son patient. Mais les belles idées ne font pas toujours de bonnes idées (des idées qui fonctionnent). Or, dans ce domaine, se multiplient des discours que beaucoup de gens gobent parce qu'ils sont « beaux ». Mais la question n'est pas là. Ce sont bien souvent des discours complètement déconnectés de la réalité de ce qu'est l'hypnose en tant que telle, de ses mécanismes et de l'efficacité réelle. Cette crainte d'étudier les véritables aspects de l'hypnose en appelant un chat un chat provient souvent de ce que beaucoup de mots, comme beaucoup de notions, sont devenues récemment péjoratives, voire négatives, ou même... absolument taboues. Regardez-donc, pour vous en convaincre les visages atour de vous lorsque vous prononcez ce si joli mot malheureusement maudit : manipulation. Quand le langage devient un tour de main, en un tournemain !


* note à propos de la confiance : ne nous y trompons pas, il ne s'agit aucunement d'une vérité relationnelle entre deux personnes qui reçoivent la confirmation de la bienveillance de l'un à l'égard de l'autre. Il s'agit d'une impression, bien souvent illusoire, parfois fondée. C'est assez technique, tout compte fait. A tel point que la confiance se provoque artificiellement. Bien souvent nous faisons confiance à des personnes qui n'en sont pas dignes réellement. Et nous connaissons tous des « trucs » pour inspirer confiance (séduction). Les faux voyants et les faux médiums sont des spécialistes en la matière. L'exposé des techniques qu'ils utilisent pour gagner totalement la confiance de leur interlocuteur expose parfaitement ce qui est en jeu dans cette relation. Par exemple, le fait d'utiliser les mots de la personne, de reprendre ses idées et ses phrases avec un peu de décalage donne un effet « oh, vous pensez tout comme moi » qui crée radicalement de la confiance. L'utilisation de phrases nécessairement vraie (obvies) est très utile dans ce sens également. Les études montrent que la flatterie est une technique redoutable aussi pour gagner la confiance d'une personne. La prétérition flatteuse est une arme de suggestion formidable également. L'usage des faux points communs est un classique de la séduction également.
L'hypnotiseur peut alors inspirer confiance naturellement, par sa nature bonne et honnête, tout comme il peut apprendre à inspirer confiance également par des centaines de « trucs » qui l'aideront à installer très rapidement un sentiment de familiarité et d'intimité propice à une hypnose rapide. Les deux ne sont pas incompatibles et il est souhaitable qu'un hypnotiseur se forme à tous ces outils de la création du « rapport hypnotique » et les maîtrise, même s'il considère que sa bonté doive inspirer une confiance naturelle et sincère. En effet, bien souvent, il lui sera utile de renforcer la confiance qu'il inspire, notamment face aux sujets résistants. De plus, il suffit qu'il rappelle physiquement à son sujet l'amant de sa femme... on ne maîtrise pas toujours tous les éléments de l'impression qu'on donne à quelqu'un.