lundi 19 mars 2012


Ateliers de perfectionnement aux techniques de l'induction hypnotique et de la suggestion

Entraîner un sujet réfléchi ou résistant au lâcher-prise et à la dissociation hypnotiques



Atelier sur le thème : 
 
la saturation par tâches multiples

Dimanche 6 mai
de 8h30 à 18h30
70 rue des maraîchers, Paris 20ème
Métro Maraîchers







Animé par Antoine Garnier, hypnothérapeute et formateur en hypnose appliquée


Présentation


Les méthodes d'inductions hypnotiques par saturation de l'attention sont une base essentielle de l'hypnotisme, notamment pour l'augmentation de la réceptivité, l’approfondissement de l'hypnose et l'entraînement des sujets résistants. Cette saturation peut s'obtenir par diverses méthodes dont une, bien souvent abordée dans les formations à l'hypnose, qui consiste à demander de la part de la personne l'exécution simultanée de plusieurs petites tâches mentales ou motrices très simples. Cette saturation, si elle est menée de façon adaptée, peut aboutir à une hypnose spontanée dans le meilleur des cas, et dans les autres cas à une disposition mentale propice à l'hypnose et à la suggestion. Reste que cette méthode souvent ludique et dynamique n'est pas toujours facile à intégrer dans une séance d'hypnothérapie. Il n'est non plus toujours évident de décider judicieusement des tâches à exécuter en fonction du cas, ni de les présenter de façon claire et construite. Et reste ensuite à savoir utiliser l'état de saturation qui en découle soit pour en faire un entraînement à l'hypnose, soit pour l'orienter vers un état propice à la thérapie ou à une autre démarche d'utilisation.
Dans ma pratique professionnelle de l'hypnose, j'ai souvent recours à des inductions par saturation, et en particulier par tâches multiples. L'expérience m'a notamment appris que cette induction en apparence très simple peut se décliner sous de nombreuses formes et être utile dans de très nombreux cas. C'est pourquoi je propose cette journée de travail autour de cet outil à tous ceux qui, parce qu'ils débutent dans leur usage de l'hypnose, ou parce qu'ils n'ont jamais accordé beaucoup d'intérêt à ce type d'inductions, ne se sentent pas encore à l'aise avec cette technique et désirent approfondir leur connaissance et leur maîtrise de la saturation par tâches multiples.


Cette journée d'exercice permettra notamment de s'entraîner à :

  • vaincre les résistances et approfondir la transe hypnotique
  • accélérer et utiliser la fatigue mentale
  • utiliser la concentration et la déconcentration
  • augmenter la spontanéité
  • comprendre les réactions d’inertie mentale, d'automatisme, et de catalepsie
  • provoquer des patterns et les interrompre
  • concevoir un entraînement à l'hypnose sur-mesure
  • concevoir des exercices d'auto-hypnose pour les personnes peu réceptives

Public concerné
  • professionnels de l'hypnose (débutants ou non)
  • personnes en cours de formation
  • non professionnels utilisant l'hypnose (en fonction du cas)
    Cet atelier porte sur un outil très simple et ludique qui ne demande aucune base pour être appris et utilisé. Il peut être suivi par n'importe quelle personne non formée à l'hypnose. Cependant, le but en est la création d'états hypnotiques ; cela engage donc une grande responsabilité quant à l'usage fait de cet outil. C'est pourquoi cet atelier se destine aux personnes pouvant justifier d'une utilisation sérieuse de l'hypnose dans leur activité.

Pré-requis 

Aucun.
Avant le jour de l'atelier, vous recevrez une brochure expliquant les techniques abordées et proposant des exercices préparatoires afin de pouvoir utiliser le maximum de temps en commun pour l'entraînement pratique.

Tarif

100 € TTC par participant pour la journée entière d'atelier.

Ce prix comprend également les supports écrits envoyés avant et remis pendant l'atelier.


Pourquoi un atelier ? 


Une formation a la prétention d'enseigner des techniques nouvelles en mêlant présentations historique et théorique à des exercices pratiques. A travers ces ateliers de perfectionnement, mon désir est plutôt de répondre à une demande de la part de mes collègues en début d'activité ou en cours de formation qui souhaitent approfondir certains points et certaines techniques déjà abordées lors de leurs formations générales. Des collègues plus expérimentés m'ont également fait part de leur intérêt pour des sessions d'entraînements à des outils qu'ils n'ont pas toujours intégrés pleinement à leur pratique ou avec lesquels ils ne sentent pas toujours à l'aise. L'atelier n'a pas pour ambition d'enseigner quelque chose de « vrai » ou de théorique, mais de partager mon expérience et mon approche des techniques de l'hypnose et de la suggestion, façonnées par des années de pratique en cabinet et en tant que formateur au sein d'écoles d'hypnose et de psychothérapie.
Bien que je me positionne comme animateur de ces ateliers, j'ai le désir qu'ils soient la rencontre d'égal à égal de professionnels curieux d'échanger et de progresser ensemble. Certains thèmes peuvent s'ouvrir à des personnes n'exerçant pas l'hypnose, mais pouvant bénéficier de l'outil dans leur activité. En outre, certains thèmes requièrent des connaissances de bases, et d'autres peuvent être abordés sans aucun pré-requis.


Atelier suivant



Dimanche 17 Juin sur le thème : « Les suggestions-ratifications en trois temps » (thème susceptible d'évoluer)



Pour plus d'informations :

Antoine Garnier
06 62 18 90 94




Formulaire d'inscription

Demandez-le par courrier électronique à contact@hypno-paris.fr

lundi 13 février 2012

De la distraction à l'hypnose... et vice versa...

 Un drôle de pickpocket dans les règles de l'art.

Index des parties :
Qu'est-ce que la distraction ?
L'art de faire diversion et l'art de la suggestion.
De la distraction à l'hypnose...
Hypnotiser.
La qualité de l'hypnose.
Hypnotiser rapidement.
L'hypnose est un phénomène naturel mais PAS quotidien.
L'hypnose sans transe. La confusion entre distraction, suggestion et hypnose.
Obtenir les mêmes phénomènes par la distraction et par l'hypnose.
L'anesthésie par distraction et l'anesthésie hypnotique dans l'exercice médical.
Pour conclure...

Qu'est-ce que la distraction ?

Il est un phénomène très banal et pourtant extraordinaire quasiment indissociable du thème de l'inconscient, et c'est... la distraction. Elle est un thème plus que classique de la psychologie expérimentale. Mais qu'est-ce vraiment que la distraction ? En quelque sorte, le pendant de la concentration.
Lorsqu'on est concentré sur quelque chose, on est distrait de toutes les autres. Et inversement. Le cancre qui rêvasse à ses dernières vacances au fond de la classe : pour le professeur, il est un élève distrait, car il n'est pas concentré sur la leçon. Mais de son point de vue, le cancre a sûrement l'impression d'être parfaitement capable de se concentrer... sur ses souvenirs de vacances. Tellement concentré qu'il n'entend même plus son professeur. A peine un flot inintelligible de mots, un bourdonnement de fond. Et seulement quand le maître répète son prénom, le cancre est tiré de ses souvenirs, et son attention est violemment forcée à revenir dans la triste réalité de sa salle de classe.

La plupart des techniques de prestidigitation sont de pures techniques de distraction. Tandis que le magicien attire d'une façon ou d'une autre votre regard (et votre attention) vers sa main gauche, vous êtes trop distrait pour voir qu'il intervertit des cartes de sa main droite.

La conscience ne peut pas tout-à-fait se porter sur plusieurs choses à la fois, sauf à passer très rapidement de l'une à l'autre. Mais lorsqu'une une tâche nous demande beaucoup d'attention, il est très difficile de surveiller autre chose en même temps. Est-ce que, pour autant, on arrête de faire les choses, de les percevoir ? La plupart du temps, non. Quand nous n'y faisons plus attention, tout ce qui peut se faire automatiquement (parce que c'est très facile, ou parce qu'on a l'habitude de le faire) se fait automatiquement. Comme notre conscience se porte alors sur autre chose, on oublie qu'on le fait, et pourtant on continue de le faire, c'est pourquoi on dit qu'on le fait « inconsciemment ».
Par exemple, vous conduisez. Et votre passager entame une conversation passionnante qui vous captive totalement. Si vous êtes un conducteur expérimenté, vous allez continuer de conduire normalement, de vous adapter aux situations, de doubler des voitures, de surveiller vos rétro-viseurs, de façon parfaitement automatique, sans y prêter attention. Parfois, une petite attention pour être vraiment sûr, mais guère plus. Une petite vérification en passant. Si on vous demande combien de véhicules vous avez dépassé, et de quelles couleurs, vous serez incapable de le dire. Tout ce dont vous vous souvenez, c'est de cette conversation passionnante. Votre cerveau et votre corps n'ont alors plus besoin depuis longtemps que vous soyez concentrés sur votre conduite pour conduire parfaitement.
Qu'est-ce à dire ? La concentration, c'est le domaine de la conscience. La distraction, c'est l'immense champ de l'inconscient. Ce que je n'écoute pas, je l'entends quand même. Et je perçois énormément plus d'informations que je ne le sais. C'est tout le champ du subliminal.
Et c'est comme cela qu'on a décrit les phénomènes naturels de la distraction dont voici quelques exemples :
  • la catalepsie : rigidité naturelle du corps qui permet de maintenir longtemps une position inconfortable sans se fatiguer. Imaginez que vous êtes à la terrasse d'un café. Vous amenez votre tasse à la bouche pour boire lorsque...Paf ! Une voiture en percute une autre un peu plus loin dans la rue. Les gens s'agitent et vous observez la scène, médusé, surpris. Votre bras reste suspendu en l'air aussi longtemps que cet accident accapare toute votre attention, et vous distrait de tout le reste. Puis lorsque vous reprenez des mouvements et des pensées plus libres, vous continuez de boire comme si de rien n'était. Pendant que vous étiez parfaitement captivé par la scène, tout votre corps était dans une catalepsie temporaire et naturelle.
  • L'hallucination négative : ne pas voir, entendre, sentir, ou percevoir quelque chose qui est pourtant présent. On pourrait citer à nouveau l'exemple du cancre qui pense à ses dernières vacances avec une telle intensité qu'il n'entend plus la voix de son professeur. Ou bien au contraire, un professeur passionnant vous captive pas son cours magistral dans tous les sens du terme. Et vous oubliez littéralement que votre siège est très inconfortable, qu'il fait un froid sibérien dans la salle, et vous n'entendez même plus les deux pipelettes papoter derrière vous.
  • L'anesthésie : c'est l'hallucination négative des sensations. Lorsque vous enfilez vos vêtements le matin, à moins que ceux-ci vous grattent, vous en faites instantanément une hallucination négative, vous les oubliez, pour toute la journée, car tout vous distrait de cette information si peu importante.
  • L'analgésie : c'est le fait de percevoir moins fortement ou plus du tout une douleur. A moins qu'elle soit très vive, la plupart des douleurs ne sont pas perçues en continu mais juste quand on y fait attention. Bout-à-bout, les moments où on a prêté attention à la douleur ne constitueraient souvent qu'une petite partie de la journée. Et pourtant, on a parfois l'impression après coup d' « avoir eu mal toute la journée », une illusion de continuité. De la même façon, la meilleure façon d'aider un ami qui a une douleur, ça n'est pas de lui en parler pour lui dire que « ça n'est pas grave », mais de l'en divertir, de lui faire penser à autre chose, et à des choses qui captivent tellement bien son attention qu'il en oublie, l'espace d'un long instant, cette satanée douleur.
  • L'attention sélective : certaines informations peuvent venir rompre même temporairement la distraction. Le cancre, malgré la profondeur de sa rêverie, sera ramené à la réalité s'il entend son prénom, ou un mot qui n'est pas cohérent avec le langage de son professeur (les professeurs savent qu'employer un terme grossier ou ayant un double sens impudique permet de récupérer l'attention des élèves), ou bien s'il entend un silence trop long dans la classe (il se demandera si on ne vient pas de l'interroger lui). De la même façon, vous êtes en conversation avec un ami dans un café. Et la conversation du couple derrière ne vous intéresse pas plus que cela. Et pourtant certains mots « ressortent », attirent votre attention régulièrement. Et tout se passe comme si il prononçaient une bouillie de mots incompréhensibles avec, de temps en temps, un mot clair et frappant. Il y a fort à parier que vous perdiez temporairement le fil de la conversation avec votre ami. Et pourtant, tout comme le conducteur continue de conduire, vous continuerez sûrement de montrer touts les signes d'une écoute active et d'approuver ce qu'il dit, même si votre allure sera assez mécanique et pas très vive. Espérons juste qu'il ne vous sorte pas un « Qu'est-ce que tu en penses ? » à ce moment précis.
  • L'amnésie : il est déjà difficile de se souvenir dans le détail des choses auxquelles ont prête attention, alors les choses dont on n'a pas conscience sont d'autant plus difficiles à retrouver dans notre mémoire. Et pourtant, le cancre à qui le professeur demandera « Répétez ce que je viens de dire » pourra sûrement « rembobiner » les dernières phrases, stockées dans une mémoire à très court terme, et les répéter comme s'il avait été attentif.
  • Le souvenir caché : une information qui n'était pas accessible lorsque vous essayiez de vous en souvenir volontairement, avec concentration, vous revient en mémoire au moment où vous vous y attendez le moins, où vous êtes le plus distrait par rapport à cela. Vous avez le nom de cet acteur sur le bout de la langue, celui qui joue le méchant dans le dernier James Bond, mais impossible de vous en souvenir, plus vous essayez et plus il vous échappe, il glisse, insaisissable, comme la savonnette dans la baignoire. Et puis vous passez à autre chose, et au bout d'un certain temps... hop, le nom vous revient.
  • Les réponses automatiques : ce sont des réactions réflexes à des situations. Vous avez une conversation passionnante avec un ami. Sans s'interrompre, il vous propose un verre. Vous lui répondez spontanément « non, merci », entre deux phrases. Et puis vous vous reprenez en disant « mais en fait, si avec plaisir, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça ». Vous étiez si distrait par la conversation que vous avez géré la situation par un réflexe social qui est de refuser poliment cette offre (ou l'inverse). De la même façon, si quelqu'un vous parle mais que vous avez un peu « décroché » de la conversation, et qu'il vous jette un « n'est-ce pas ? » à la figure, vous aurez très certainement le réflexe de répondre « oui », du moins avec la tête, avant de réfléchir pour vous reprendre si nécessaire.
  • La suggestion subliminale : c'est une information qui est perçue par les sens, et traitée par le cerveau mais sans qu'on s'en rende compte, si bien qu'on peut y répondre sans savoir pourquoi on le fait. Reprenons la conversation avec un ami dans le café et le couple qui discute derrière. Certains mots de ce couple vous « parlent » et pourtant vous n'y faites pas attention. Mais vos oreilles les entendent, et... hop, alors que vous parlez à votre ami, vous utilisez sans le savoir un mot de leur conversation. Vous bifurquez sur un thème dont ils sont en train de parler. Et vous êtes sûr que c'est juste parce que vous y pensez. De même, vous faites vos courses dans un magasin, et vous vous demandez quelle lessive vous allez acheter. Vous ne prêtez aucune attention à la publicité dans le fond sonore pour une barre chocolatée. Mais après un moment, vous avez bien envie de vous faire plaisir en achetant une barre chocolatée de cette marque, sans savoir vraiment d'où vous vient cette envie. Lorsqu'une information est perçue dans le domaine de la distraction et non de l'attention, il est plus évident qu'elle trouve une réponse inconsciente.
  • L'apprentissage naturel : le cerveau apprend des choses nouvelles, des réactions et des compréhensions nouvelles sans même qu'on ait besoin de faire l'effort de les apprendre. C'est ce qui se passe quand un enfant apprend naturellement sa langue maternelle. Il continue de l'apprendre à tout moment, même lorsqu'il joue près d'un groupe d'adulte qui discute. Ses oreilles entendent les mots, les phrases, les intonations, les interactions, les façons d’argumenter, les façons de penser des adultes. Et son cerveau prend modèle directement sur tous ces exemples plus ou moins bons pour forger ce qui constituera plus tard la façon de penser et de s'exprimer de cet individu. Et bien, lorsqu'on est distrait, le cerveau reçoit très directement des informations qu'il est capable de transformer en apprentissage.
  • Le conditionnement et le déconditionnement : c'est la même chose que l'apprentissage inconscient, mais un apprentissage spécifique. Une réaction s’associe à un déclencheur de façon automatique. Lorsque j'entends mon prénom prononcé dans la rue, je me retourne immédiatement, par réflexe. Mon prénom est conditionné à un réflexe de vigilance. Prenons un autre exemple : je veux apprendre à me détendre avant de m'endormir. J'essaie volontairement d'être calme et détendu à chaque fois que je m'allonge dans mon lit. Je veux que cela devienne un réflexe, que je me détendre automatiquement aussitôt que je m'allonge dans le lit. Il est possible que, au bout d'un moment, ça finisse par fonctionner. Mais il existe une autre façon, plus rapide de procéder. Au lieu de chercher à me détendre, à chaque fois que je me mets au lit, je me plonge totalement dans la lecture d'un roman que j'adore et qui me détend et me calme, par exemple. Dans le champ de l'inconscient, mon cerveau enregistre que le lit est toujours accompagné de détente, il « croit » qu'il y a un lien entre les deux et fabrique ce lien. Il construit un automatisme, un réflexe conditionné. Ainsi, sans même m'en rendre compte, entrer dans mon lit s'accompagnera automatiquement d'un sentiment de détente et de calme. Et lorsque, durant la journée, j'aurai une raison d'être stressé, je penserai peut-être à mon lit en me disant que ça serait si bien de pouvoir m'y allonger, dans cet endroit où je me sens si calme et détendu. Et je ne comprendrai pas forcément que c'est ce livre passionnant qui a produit cet effet. Le conditionnement comme le déconditionnement sont des phénomènes naturels qui se produisent très rapidement et fortement quand ils sont involontaires. Quand ils sont volontaires, ils demandent beaucoup plus de répétition et d'effort. C'est pourquoi la distraction permet un apprentissage inconscient et des changements de réflexe très naturels et très rapides.

Et ce ne sont que des exemples. Il existe bien d'autres phénomènes liés à la distraction.


L'art de faire diversion et l'art de la suggestion.

La distraction est un fonctionnement naturel et les phénomènes qui y sont liés nous sont parfaitement familiers et quotidiens. Certains, pourtant, ont cherché à provoquer ces phénomènes en dirigeant sciemment l'attention.
La distraction intéresse en premier lieu les psychologues depuis le XIXe siècle au moins. Et bien d'autres professions se sont penchés de très près sur ce principe pour en faire un véritable « art de distraire ». Comme nous l'avons dit déjà, les magiciens en sont sûrement les plus anciens et les plus grands maîtres. Mais plus récemment, Les psychologues se sont rapidement rendu compte qu'il était possible de communiquer littéralement avec l'inconscient d'une personne à l'intérieur du champ de la distraction. Ils ont développé des suggestions cachées, un langage à double sens (conscient-inconscient), notamment à travers les métaphores, les associations d'idées, le langage non verbal et les suggestions indirectes. Le but est d'envoyer des messages à l'inconscient d'une personne et de recevoir des réponses sans que la personne, à un niveau conscient, ne se rende compte de cette conversation parallèle. Par exemple, si un ami est triste, je peux lui demander s'il préférerai aller avec moi à la fête foraine ou aller voir un film comique passionnant au cinéma. Il est alors concentré sur le choix à faire et sur chacune des alternatives, et ne se rend pas compte que l'une et l'autre présupposent le plaisir et la joie. Le message à sont conscient, c'est que je ne sais pas choisir tout seul et qu'il doit m'aider à choisir. Le message à son inconscient, c'est qu'on remplacera la tristesse par la joie et le plaisir. Évidemment, c'est un exemple un peu basique mais qui permet de comprendre une des liens entre la distraction et la suggestion indirecte. Il en existe encore beaucoup.
Ces méthodes de communication à double niveau ont été reprises par les vendeurs (aujourd'hui appelés « commerciaux ») et aussi les politiciens. Les publicitaires ont également compris tout l'enjeu du subliminal et de communiquer les informations directement à l'inconscient sans passer par la conscience. Notamment grâce aux recherches privées financées par les grandes marques, ils ont fait progresser de façon importante la connaissance dans ce domaine. On a vu également se développer des séminaires où l'on enseigne par exemple des « techniques de séduction » basées sur les phénomènes de la distraction, des techniques de « communication efficace », etc...
L'idée est toujours plus ou moins la même : diriger l'attention d'une personne et la garder assez longtemps distraite/concentrée pour lui adresser des suggestions subliminales ou pour stimuler des réponses automatiques et des comportements inconscients.


De la distraction à l'hypnose...

Quel rapport, me direz-vous, avec l'hypnose ?
Et bien l'hypnose est une réaction naturelle qui se produit chez une personne quand sa concentration est si longtemps et/ou si intensivement maintenue sur quelque chose qu'elle entre dans un état très particulier ou le phénomène devient stable et permanent. En gros, l'hypnose, c'est une concentration qu'on ne peut plus distraire. Cet état s'appelle une dissociation.
Reprenons notre exemple de catalepsie. Normalement, ma main reste figée en l'air avec ma tasse, arrêtée sur le chemin de ma bouche, aussi longtemps que je suis absorbé par l'accident de voiture au coin de la rue. Et aussitôt que je fais à nouveau attention à mon environnement immédiat, que je me réoriente par rapport à lui, je reprends « le contrôle » de mon bras et je finis de boire ou bien je pose ma tasse. Et bien, si je développe un état d'hypnose entre temps, cela signifie que la catalepsie se sera maintenue si longtemps que je commence à me dissocier de mon corps. Mon corps, c'est déjà un peu moins « moi ». Et, une fois la distraction terminée, au lieu de « ré-intégrer » mon corps naturellement, de reprendre des mouvements normaux, je « reste bloqué un instant » dans cette dissociation. En d'autres termes, je suis resté si longtemps inattentif à mon corps qu'il a été obligé de se débrouiller tout seul et qu'il ne me laisse plus le contrôler à nouveau naturellement. On peut le comprendre. Alors je me retrouve avec une main en l'air, assez contractée pour rester figée et tenir fermement ma tasse. Si je la regarde, j'ai presque du mal à reconnaître ma main. On dirait plutôt une sorte de sculpture, posée là. Cette main qui tient la tasse, je peux la regarder et m'étonner de la voir ainsi immobile, et il me faudra quelque temps pour me dire que c'est bien « ma » main et que je peux la bouger naturellement. Il y a un retard entre le fait d'observer et le fait de reprendre le contrôle. Je suis devenu spectateur de moi-même et non plus acteur : c'est la dissociation. C'est parfois ce qu'on ressent lorsqu'on on met du temps à se réveiller le matin ou encore lorsque notre corps fait quelque chose automatiquement, par réflexe ou par habitude. On devient spectateur de ce qu'on fait et on est « en retard » sur ce qui se passe.
Et bien c'est ce retard plus ou moins long qui constitue ce qu'on appelle l' « hypnose », ou du moins son début. C'est aussi ce qui se produit sous l'effet de certaines substances dissociatives comme l'alcool ou certaines drogues. On se regarde agir. En hypnose, on se regarde plutôt « ne pas agir » car l'hypnose, si on la laisse se faire naturellement, se caractérise en général par une grande paresse et une grande économie de mouvements et d'interactions avec l'extérieur. Bref, on se coupe plus ou moins de ses interactions habituelles avec l’extérieur. Et le moment où l'on habite à nouveau son corps, son espace, son environnement, son instant, le moment où l'on redevient l'acteur complet de soi-même, c'est le moment où l'on se réveille de l'hypnose. Et lorsque je vois ma main ainsi suspendue en l'air mais que je ne suis plus que spectateur, je peux décider d'en reprendre le contrôle, ou bien décider de la laisser comme ça. Et alors, la main pourra rester suspendue ainsi très longtemps.
A ce moment là, et à ce moment là seulement, la catalepsie, phénomène naturel de la distraction devient ce qu'on appelle un « phénomène hypnotique ». En résumé, L'hypnose est une concentration stable, qui se maintient d'elle-même.


Hypnotiser.

Un des clichés de l'hypnose, c'est la méthode traditionnelle consistant à faire fixer à une personne un objet, brillant de préférence, ou un pendule, ou les yeux. Prenons l'exemple du pendule. L'hypnotiseur répète au « sujet » qu'il ne voit que le pendule, et qu'il ne peut voir que le pendule, et n'entendre que sa voix. Le champ de l'attention est donc très restreint. En effet, tant que la personne reste concentrée, elle ne fait plus attention à ce qu'il y a autour, ni aux autres sons. Il n'existe pour elle qu'un pendule à voir, et qu'une voix à entendre. Mais si l'hypnotiseur passe trop rapidement à autre chose, ou s’interrompt trop vite, il y a fort à parier que la personne fera à nouveau un usage libre de son attention : il pourra voir d'autres choses autour de lui et pourra entendre d'autres sons.
Par contre, si l'hypnotiseur insiste assez longtemps et de façon assez convaincante, il se passera un moment particulier où se développera une « transe hypnotique », c'est-à-dire que les fonctions et les perceptions restées longtemps inutiles et inhibées s'endormiront en quelque sorte et ne se réveilleront que lorsque l'hypnotiseur le demandera. L'état de sur-concentration deviendra stable. Cela signifie que l'hypnotiseur pourra demander au sujet de regarder autour de lui ; et pourtant, il ne verra rien, car la seule chose qu'il peut voir c'est le pendule. La personne est devenue littéralement aveugle de tout, sauf du pendule. Seul l'hypnotiseur pourra l'autoriser à voir telle ou telle chose en les citant précisément. L'hypnotiseur pourra lui demander ce qu'il entend ; et même si un orchestre joue à côté, même si une meute de chien aboie autour de lui, il répondra qu'il n'entend que la voix de l'hypnotiseur. Il est devenu sourd, de cette surdité toute sélective qui lui permet tout de même d'entendre la « voix de son maître » (ce que Ivan Pavlov appelle le « point vigile »). Plus besoin de « distraire » la personne pour que le phénomène naturel se maintienne. Le phénomène provoqué est devenu stable. L'hypnotiseur pourra attirer l'attention d'une personne sur l'immobilité de son corps ; et pourtant cette personne pourra observer et constater avec amusement cette immobilité sans pour autant pouvoir bouger à nouveau le corps. C'est la paralysie hypnotique, étonnamment confortable et agréable parce qu'elle s'accompagne en général, comme nous l'avons dit, d'une grande paresse intérieure.
Une autre méthode pour provoquer l'hypnose (parmi des milliers) consiste à inciter une personne à penser à une scène, ou simplement un lieu. Il peut s'agir d'un souvenir ou de quelque chose de purement imaginaire. L'hypnotiseur l'incite à s'y plonger avec tellement de détail que l'attention est toute accaparée par cette expérience de l'imagination. La personne en oublie temporairement ce qu'il y a autour d'elle, ici et maintenant. Tout comme le cancre plongé dans son souvenir de vacances. Naturellement, cet oubli devrait être temporaire. Mais l'hypnotiseur veillera à maintenir la concentration de la personne jusqu'au moment où se produit ce « blocage » qu'est l'hypnose, cette stabilité. Dans l'hypnose, cet oubli de tout ce qui n'est pas l'imagination devient alors durable et solide. La personne est totalement plongée dans son rêve. Vous pouvez alors faire autant de « perturbation » que vous voulez autour d'elle, crier, jouer de la trompette, l'appeler par son nom etc... et pourtant rien ne la distraira de son rêve. Toutefois, celui qui l'y a conduit (l'hypnotiseur) peut l'inviter à en sortir complètement et de la façon la plus agréable possible par une méthode qu'il connaît.


La qualité de l'hypnose.

Évidemment, cette stabilité est relative : la transe hypnotique varie en qualité. Dans le meilleur des cas, le phénomène hypnotique se poursuivra même si on laisse la personne seule pendant des heures dans une pièce ou qu'on tente de la perturber. Dans d'autres cas, un certain temps sans être encouragée par de nouvelles suggestions de l'hypnotiseur, ou un certain niveau de perturbations ambiantes ramèneront la personne naturellement à se contrôler et à se réveiller. Dans tous les cas, toute personne finit toujours par se réveiller, ou d'elle-même, ou parce qu'on l'y invite.

Pour que la personne reste « bloquée » dans sa concentration, on peut la maintenir longtemps et intensément concentrée jusqu'à que la dissociation se fasse toute seule et s'approfondisse. Reprenons l'exemple du pendule. On peut faire fixer le pendule très longtemps, jusqu'à ce que l'hypnose se développe d'elle -même. Chez certaines personnes ça prendra quelques minutes, chez d'autres des heures. Pour tester, on peut poser la main de la personne en l'air en catalepsie. Si on arrête le pendule, qu'on fait regarder sa main à la personne sans rien lui dire et qu'après un long moment elle est encore à l'observer avec curiosité sans en reprendre le contrôle, c'est qu'un bon état stable de dissociation a déjà commencé.
C'est d'ailleurs une excellente façon de provoquer soi-même sa propre hypnose : maintenez assez longtemps une concentration intense sur quoique ce soit de très précis et minutieux, que ce soit dans votre imagination ou autour de vous, jusqu'à ce que vous puissiez porter votre attention sur d'autres choses sans pour autant retrouver le contrôle total de vos perceptions, de vos pensées, et de vos mouvements. L'auto-hypnose, dans ce sens, est une démarche évidemment intéressante.


Un moment de distraction ou une douce et profonde hypnose ?

Hypnotiser rapidement.

La dissociation peut donc venir toute seule, à la longue, « à l'usure ». Mais on peut également utiliser des techniques de suggestion qui vont permettre d’accélérer le processus. On distrait et on utilise cette distraction pour « expliquer » à l'inconscient ce qu'on attend de lui, pour demander une dissociation. De cette façon, l'hypnose se fait beaucoup plus rapidement. On peut beaucoup plus rapidement obtenir cet état stable.
Illustrons cette technique par un petit exemple un peu simpliste et pas des plus subtiles mais, je l'espère, assez clair. Serrez la main d'un ami en même temps que vous le distrayez en lui posant des questions sur le dernier film qu'il est allé voir au cinéma. Il est obligé d'aller chercher dans sa mémoires des informations parfois lointaines pour vous répondre et cela occupera bien toute son attention, surtout si vous posez des questions précises avec une vraie curiosité naturelle. Pendant ce temps, au lieu de lâcher bêtement sa main après l'avoir serrée, vous commencez à la relâcher lentement tout en la faisant lentement glisser vers le haut. Distrait qu'il est, il ne s’aperçoit pas que sa main continue automatiquement le mouvement lent que vous lui avez donné. Sa main continue de monter lentement même quand vous l'avez lâchée totalement. Au moment où vous attirez son attention dessus, il devrait arrêter le mouvement et reprendre le contrôle de la main aussitôt. Mais au lieu d'attirer simplement son attention dessus, vous continuez de le regarder en lui demandant : « Qu'est-ce que tu préfères dans le cinéma, est-ce que c'est le fait d'être spectateur et de pouvoir prendre du plaisir à regarder ce qui se passe devant toi et découvrir comment ça se déroule sans pouvoir changer le cours du récit ? » Évidemment, il s'agit d'une première suggestion pour orienter sa pensée sur le plaisir qu'on a à observer les choses sans pouvoir intervenir et influencer par avance sa réaction. Vous pourrez ajouter : « Est-ce que tu as remarqué que, parfois, on croit qu'on peut reprendre les choses comme si de rien n'était, et pourtant on s’aperçoit qu'on préfère observer sans rien faire ? » Il se demandera un peu confus où vous voulez en venir et ne se doutera pas que vous venez simplement de reformuler une seconde fois la suggestion de « devenir avec plaisir observateur d'un phénomène ». A ce moment-là, ajoutez : « Par exemple, c'est curieux de laisser cette main monter tout seule, n'est-ce pas ? » A ce moment seulement vous orientez son regard vers sa main en la regardant vous-mêmes. Puis enchaînez sur un « je me demande jusqu'où elle peut monter comme ça. » Si vous éveillez aussi sa curiosité de savoir jusqu'où elle peut monter, il maintiendra naturellement cette dissociation pour le savoir. Ajoutez : « Je suis très jaloux de toi, on dit que plus la main monte haut, et plus on sent un calme profond se faire en soi ». Ça c'est une petite suggestion afin de donner un sens au phénomène, le lier au plaisir de l'expérience. En plus, votre ami aura d'autant plus envie de laisser les choses se continuer d'elles-mêmes. Après quoi, vous pouvez éprouver la stabilité du phénomène. Par exemple, le plus simplement du monde, en vous taisant. Et voyez combien de temps se passe sans que le processus ne s'interrompe. Il n'a plus besoin de vos suggestions pour se faire. Ou encore, vous lui dites : « Essaie de toutes tes forces de l’empêcher de monter pour voir ? » Et s'il n'y parvient pas en essayant sincèrement, c'est un signe de qualité supplémentaire de l'hypnose. Plus vous testerez cette stabilité, et plus vous aurez un indicateur de la qualité de l'hypnose induite. Utiliser un tel jeu de suggestions permet de provoquer cette stabilité hypnotique beaucoup plus rapidement qu'en attendant que ça se fasse tout seul.
Le temps nécessaire varie quand même en fonction des personnes et de l'habileté de l'hypnotiseur : entre quelques secondes et quelques heures. En moyenne quelques minutes. Et la qualité de stabilité de l'hypnose dépendra souvent du temps passé à bien approfondir et consolider cette dissociation.
Le résultat est le même, que ça soit immédiat ou que ça demande un entraînement plus progressif : l'inconscient prend le relais de la conscience et maintient l'état d'hypnose. En gros, au lieu de tenir la porte pour qu'elle reste ouverte, on peut mettre une cale dessous pour y passer plus aisément. Et c'est tout l'art de l'hypnose moderne que de :
  • provoquer une distraction,
  • la dissocier assez rapidement pour en faire de l'hypnose,
  • la stabiliser et l'approfondir,
  • ainsi, pouvoir y travailler librement (qu'il s'agisse de faire une démonstration, un test psychologique, d'enseigner quelque chose sous hypnose, ou le plus courant, de faire un travail thérapeutique sous hypnose).
Il existe pour cela un nombre considérable de méthodes dont certaines sont enseignées et il s'en développe quotidiennement de nouvelles.

Par la distraction et la suggestion, on peut faire de la thérapie aussi bien que par l'hypnose puisque l'inconscient est aussi bien « contacté ». La distraction demande que le thérapeute dirige en permanence l'attention du sujet et utilise des ruses de langage très subtiles pour glisser des suggestions cachées. L'hypnose permet d'obtenir un état où le champ de l'inconscient reste ouvert de façon permanente. Alors, l'hypnothérapeute peut faire le travail de thérapie directement, sans avoir à ruser ni à s'occuper de distraire continuellement la pensée consciente de la personne. Il peut se consacrer entièrement à la thérapie. Une fois la cale sous la porte il peut facilement faire entrer ou sortir des meubles volumineux, que sont les suggestions importantes de changement. S'il doit tenir la porte et l'ouvrir à chaque fois, c'est moins confortable.


L'hypnose est un phénomène naturel mais PAS quotidien.

On compare souvent l'hypnose au sommeil dans la mesure où, quand on dort, on maintient pendant de nombreuses heures et le plus naturellement du monde une dissociation complète (on est totalement coupé de l'environnement). Et on s'en réveille tout aussi naturellement pour se réorienter dans l'espace et dans le temps et « habiter à nouveau son corps » pour le restant de la journée. L'hypnose est une sorte d'échantillon de ce phénomène. Il est même étonnant de rencontrer encore des personnes sceptiques quant à l'hypnose, alors qu'elles-mêmes vivent toutes les nuits une très longue dissociation bien plus complète, avec hallucinations négatives et positives, distorsion du temps, amnésie, et encore d'autres phénomènes parmi les plus délicats à provoquer en hypnose. Tout le monde dort. Et toute personne capable de dormir est largement capable d'entrer dans un état d'hypnose.

Mais contrairement au sommeil, la transe (hypnotique ou autre) est une réaction assez rare. Il est rare de connaître une hypnose spontanée. La distraction est quotidienne mais, le plus généralement, une fois la distraction terminée, on reprend immédiatement et normalement une attention et une perception normales des choses. Quand sonne l'heure de la récréation, le cancre ne reste pas « bloqué » dans sa rêverie, il reconnecte naturellement avec son entourage et sort jouer comme tous ses camarades. Le fait de développer spontanément un état stable qui permet, après une longue distraction, de rester « aveugle » ou « paralysé », ou « sourd », ou « anesthésié », ou « bloqué dans un rêve » sans pouvoir reprendre sa perception normale pendant un certain temps, même court, est un phénomène heureusement rare.


L'hypnose sans transe. La confusion entre distraction, suggestion et hypnose.

Pourtant, à la suite du Dr Milton Erickson, beaucoup de personnes ont commencé à répété que l'hypnose était un état quotidien et à nommer hypnose ce qui relève de la simple distraction, comme on le disait avant. A l'origine, cette confusion était destinée à faire un parallèle légitime entre l'hypnose et la distraction, pour expliquer en quelques mots à quoi cela se rapporte. Mais avec le temps, la confusion s'est inversée, et beaucoup de gens ont commencé à définir réellement l'hypnose comme une distraction, et oublier littéralement que l'hypnose est un phénomène stable de dissociation. Certains sont allé jusqu'à nier l'existence de l'hypnose comme état stable pour ne présenter que des techniques de distraction. Certains ont commencé à dire que ce qui prouve l'hypnose, c'est le fait d'obtenir un phénomène ou une réponse inconsciente. Ca n'est pas parce qu'il y a catalepsie qu'il y a hypnose. Ca n'est pas parce qu'il y a amnésie qu'il y a hypnose. Aucun phénomène ne prouve l'hypnose, puisqu'ils sont parfaitement naturels et ordinaires et peuvent bien être stimulés par une simple suggestion, surtout accompagnée de distraction. C'est la façon dont le phénomène résiste aux perturbation qui constitue l'hypnose dans la tradition de la psychologie.
Ce qui fait l'hypnose, c'est la stabilité du phénomène et sa durée dans le temps.
Mais lorsqu'on définit l'hypnose par des réponses, alors peu importe comment arrivent ces réponses : et ainsi, le mot hypnose s'est mis à désigner de plus en plus toute technique de suggestion et de distraction permettant d'obtenir une distorsion de la perception, du contrôle, ou une réponse inconsciente.
Dans cette confusion, on n'a pourtant jamais cessé de vouloir différencier la simple distraction de l'hypnose. Certains ont renommé l'art de la distraction et de la suggestion. On a vu beaucoup de tentatives dans ce sens comme la Programmation Neuro-Linguistique, qui s'est éloignée rapidement de la notion de transe hypnotique pour privilégier les mécanismes de la suggestion, ou encore des concepts comme l'hypnose conversationnelle (dont la définition varie beaucoup selon ses pratiquants) ou encore l' « hypnose sans transe » ou bien une certaine « hypnose » du mentalisme. Il est très étonnant de voir à quel point le mot « hypnose » s'est mis à désigner des techniques sans hypnose qui utilisent simplement le même art de la suggestion que l'hypnose. A tel point que toute suggestion peut être nommée plus ou moins métaphoriquement « hypnose », ce qui est un contre-sens.
On peut utiliser la suggestion pour provoquer une hypnose plus rapidement. On peut également utiliser un état d'hypnose pour prodiguer des suggestions sans recourir à la distraction. Cependant, l'hypnose et la suggestion sont bien deux choses très différentes. L'hypnose et la rhétorique sont également deux choses très différentes, même si on peut user de rhétorique pour accompagner une personne volontaire dans l'hypnose. De la même façon, l'hypnose et la distraction sont deux choses très différentes, même si on passe par la distraction pour provoquer l'hypnose. Et mélanger ces deux termes, c'est se priver d'un langage de précision au profit d'une grande confusion intellectuelle, conceptuelle, et pratique.


Obtenir les mêmes phénomènes par la distraction et par l'hypnose.

Soyons clairs ! Sous le nom d'« hypnose », vous verrez parfois des démonstrations qui consistent à diriger continuellement l'attention de la personne, par un rythme soutenu, des bombardements de suggestions. En réalité, il s'agit de démonstrations non pas d'hypnose mais de ces phénomènes qui nous sont très ordinaires et qui sont liés à la simple distraction. Le mot hypnose est absolument usurpé pour une telle démonstration puisqu'il y a bien une distorsion de la perception mais sans recours à une véritable transe hypnotique. Si, par contre, on fait constater un phénomène au « sujet » et que celui-ci s'avère incapable d'en reprendre spontanément le contrôle, même quand on lui en laisse le temps, alors on peut commencer à appeler cela de l'hypnose. Vous voilà informés ! On ne vous trompera plus sur la marchandise. Les démonstrations de distorsion de la perception sans hypnose sont très intéressantes, impressionnantes, fascinantes, spectaculaires, etc... Mais rien ne permet de les présenter comme de l'hypnose.
Un exemple : un hypnotiseur veut faire la démonstration de la paralysie comme phénomène de la distraction. Il répétera en continu à son sujet volontaire que sa main est immobile, paralysée, etc. Puis il lui demandera d'essayer de la soulever. Mais avant même que celui-ci commence vraiment à essayer de soulever sa main, il le distraira à nouveau en lui répétant que sa main est paralysée et immobile, et ainsi de suite. La personne ne trouvera pas le temps de se concentrer assez pour retrouver sa façon habituelle de contrôler ses mouvements, et constatera qu'elle n'a pas pu bouger sa main. Il existe toutefois des façons plus subtiles de faire cette démonstration, mais c'est un exemple classique. Un hypnotiseur soucieux de faire comprendre à son public ce dont il fait la démonstration aura à cœur d'expliquer qu'il s'agit non pas d'hypnose mais de suggestion et de détournement de l'attention (« misdirection », en anglais ; dommage que nous n'ayons pas un mot aussi clair pour traduire cela).
Par contre, si l'hypnotiseur veut faire la démonstration d'une paralysie de la main comme phénomène hypnotique et non pas seulement comme phénomène de la distraction, il devra arriver à un stade ou il pourra se taire longtemps, et laisser à la personne tout le temps et tout le loisir de constater qu'elle ne peut réellement plus bouger la main. Plus longtemps il pourra laisser la personne essayer sans y parvenir, plus la transe hypnotique sera de qualité. Dans beaucoup de cas, l'hypnotiseur saura observer si la personne commence à « se réveiller » et ainsi ajouter quelques suggestions pour renforcer la dissociation, maintenir et approfondir l'hypnose.


L'anesthésie par distraction et l'anesthésie hypnotique dans l'exercice médical.

De la même façon, on a vu plus haut que l'anesthésie est un phénomène naturel de la distraction. Sous le nom d'hypnose, certains médecins anesthésistes maintiennent des patients en pleine opération chirurgicale si intensément distraits qu'ils en développent une grande anesthésie. Pour cela, ils utilisent un flot continuel de suggestions ou de métaphores. Là encore, on parle d'hypnose sans avoir la certitude que cet état caractéristique qu'on appelle hypnose joue un rôle dans le processus. Si l'anesthésiste arrêtait soudain de diriger l'attention du patient, on pourrait alors constater si ce dernier a développé une hypnose et alors l'anesthésie se maintient, ou s'il ne s'agit que d'une belle et puissante forme de distraction, au quelle cas, l'anesthésie ne survivra pas au silence, et nous pouvons plaindre le pauvre patient qui se mettra à nouveau à sentir son corps en pleine opération. C'est pourquoi cette méthode est en générale accompagnée d'une anesthésie locale chimique.
Il existe une autre façon d'utiliser l'anesthésie naturelle et c'est justement de passer par l'hypnose. Alors l'anesthésie est développée de façon si stable que l'hypnotiseur n'a pas même besoin d'être présent dans la salle d'opération. En général, l'hypnotiseur entraîne le patient à l'anesthésie hypnotique en cabinet durant plusieurs séances intensives afin que celui-ci soit capable de développer facilement, le moment venu, une belle anesthésie parfaitement stable et qui permette l'opération. La qualité de la transe hypnotique est alors primordiale puisqu'elle doit résister à la perturbation importante que constitue l'acte chirurgical. L'opération ne doit pas déranger l'hypnose.
C'est une méthode notamment très pratique pour les soins dentaires ou pour la préparation à l'accouchement. Le patient apprend à dissocier totalement et de façon stable la perception de tout son corps, ou d'une partie de son corps, jusqu'à être parfaitement à l'aise avec le fait d'anesthésier mentalement de l'intérieur une partie précise de son corps. Ainsi, il pourra « couper » les sensations de sa bouche, ou de sa main, ou d'une autre partie avant l'opération, soit par lui-même, soit sous avec l'aide de l'hypnotiseur qui l'a entraîné. Cette méthode est (hélas !) de moins en moins pratiquée parce qu'elle nécessite que l'hypnotiseur oriente sa pratique sur l'hypnose comme dissociation stable plutôt que sur l'art de la distraction permanente. Toutefois, le résultat des deux méthodes semble aussi satisfaisant. Dans les deux cas, il s'agit d'utiliser la capacité naturelle du cerveau à l'anesthésie. Et le réveil de l'opération se fait beaucoup plus facilement, sans complications. En plus de cela, l'anesthésie hypnotique s'accompagne de modifications physiologiques du membre anesthésique permettant notamment un plus faible écoulement de sang, ce qui offre plus de confort au chirurgien pour opérer.


Pour conclure...

Aujourd'hui, l'hypnotiseur moderne est une personne formée et compétente aussi bien dans l'art de la distraction et de la suggestion qu'à l'accompagnement dans l'hypnose en tant que telle. En thérapie en particulier, les personnes ont pour objectif un changement rapide et complet et qui peut souvent se faire assez facilement par la suggestion sans avoir à créer une véritable hypnose. L'avantage de l'hypnose sera la variété des approches qu'il est possible de déployer à l’intérieur de l'état stable et un grand confort de travail pour l'hypnotiseur. Ajoutons qu'une personne qui se dirige vers un hypnotiseur s'attend à vivre cette expérience très agréable, surprenante, et enrichissante qui est celle de l'hypnose.
Le mot « hypnose » est de plus en plus associé à une culture moderne de la communication à double niveau et de moins en moins à une culture de la transe hypnotique, ce qui est très dommage. La transe hypnotique a été explorée avec passion à travers les quatre derniers siècles parce qu'elle permet bien des choses que la communication, aussi subtile soit elle, n'offre pas à elle seule. Et pour beaucoup de raisons, la transe hypnotique est en elle-même une capacité naturelle qu'il est tout à fait souhaitable que chacun apprenne à développer aussi facilement et naturellement que le sommeil ; qu'il soit aussi facile pour chacun d'entrer en hypnose que de s'endormir.

mercredi 25 janvier 2012

Quelques questions-réponses...


Mlle Meryem Bengoumi, Nour Mestiri et Fatma Frikha du lycée français Pierre-Mendès-France de Tunis (classe de 1ère S3) m’ont posé quelques questions dans le cadre de leur TPE sur le thème de l’hypnose. Avec leur permission, je poste ici les questions qu’elles m’ont posées et les réponses que je leur ai envoyées.

1.    Après avoir fait plusieurs recherches, nous avons trouvé diverses définitions au mot hypnose. Pouvez vous nous donner la votre ?

Nous avons tous un état de conscience ordinaire, actif de notre réveil à notre endormissement (nous avons aussi un état de sommeil). Bien que notre humeur et notre condition varient en fonction des instants et des contextes, notre conscience ordinaire se caractérise par une personnalité stable et reconnaissable et une continuité de mémoire (alors qu’on a que des bribes de ce qui est vécu durant le sommeil).
L'état de transe hypnotique est un état second de la conscience qui se caractérise par une autre continuité de mémoire et parfois une autre personnalité complète, sous la même identité. On parle alors d'une dissociation complète ou transe hypnotique somnambulique. A son réveil, la personne ne se souvient de rien de ce qu'elle a vécu en transe. En transe, son comportement s'avère plus automatique, mécanique et passif, mais la personne peut réagir de façon adaptée à son environnement, parler, marcher, écrire, résoudre un problème, travailler, etc...
Entre l'état ordinaire (état d’éveil) et l'état second (état de transe), il est possible d'induire des états intermédiaires qu'on regroupe sous le nom d'hypnoses.
a)    Une hypnose légère est très proche de l'état ordinaire de conscience mais légèrement dissociée. La personne est comme spectatrice de ce qui se passe en elle et des réactions de son corps et se contente de laisser les choses se faire.
b)    Un état moyen est un mélange d'état premier et d'état second : les deux coexistent comme dans une sorte d'ivresse sage et raisonnable. Le corps, les émotions et les pensées réagissent de façon automatique tandis que la personne se sent toujours ici, capable d'observer ce qui se passe mais sans vraiment pouvoir intervenir, tant que rien de grave ne se produit.
c)    Dans un état profond, la personne « dort » mais la plupart de ses fonctions peuvent être activées, comme un somnambule : c'est l'état somnambulique. Au delà, il s'agira d'une transe hypnotique. Cependant, on utilise souvent le mot de transe comme les anglophones le font, comme synonyme du mot hypnose, quelque soit le niveau de dissociation provoqué.
L'hypnose est un phénomène naturel tout comme le sommeil, le somnambulisme ou n'importe quelle transe. Cependant, l'art de l'hypnose consiste à induire artificiellement chez une personne un certain degré de cette dissociation et de guider la personne à travers cet état pour utiliser certaines capacités cérébrales que cet état autorise, notamment dans un but pédagogique ou thérapeutique ou dans le simple but d'en faire la démonstration pour la science ou pour le divertissement. 

2.    En quoi consiste le métier d’Hypnotiseur ?
Hypnotiseur n'est pas vraiment un métier en soi. Mais on peut en faire un métier en faisant des spectacles d'hypnose, ou en étant hypnothérapeute, ou anesthésiste, psychologue, psychiatre, en faisant de la recherche en psychologie cognitive et comportementale, en neuro-sciences ou en neuro-psychologie à l’aide de l’hypnose, en étant pédagogue spécialisé, préparateur mental, conseiller, etc...
L'hypnotiseur formule des suggestions et présente aux personnes des exercices qui, combinés, les feront entrer dans un état plus ou moins profond d'hypnose. Ils les accompagnent ensuite dans cet état pour leur faire développer certains phénomènes hypnotiques (catalepsie, réponses idéo-motrices, rêves guidés, régressions, hallucinations, paralysies, anesthésies, amnésie, hypermnésie, etc..). Dans le cas d'un usage thérapeutique ou pédagogique, l'idée sera d'utiliser l'état d'hypnose, les suggestions, et les phénomènes hypnotiques pour intégrer à un niveau inconscient des changements, notamment des changements dans les conditionnements de la personne (mais pas seulement) et d’intégrer des apprentissages. 

3.    Quelles sont les études à poursuivre pour devenir hypnotiseur ?

Malheureusement, il n'y a pas de cursus d'étude vraiment satisfaisant pour cela. Et il n'en y a pas qui valide officiellement une compétence à la pratique de l'hypnose non médicale. Le mieux est de suivre certaines formations privées en gardant son esprit critique, de beaucoup lire, notamment les auteurs classiques et sérieux, surtout ceux issus de l'hypnose médicale, éviter les formations trop commerciales et les livres un peu trop vulgarisants, même si on peut y apprendre aussi beaucoup. Réfléchir et innover. Pratiquer beaucoup, et se mettre en contact avec plusieurs professionnels expérimentés acceptant de superviser votre apprentissage. En gros, ce sont tous les ingrédients de l'apprentissage autodidacte. Les formations privées, bien que souvent commerciales et jamais diplômantes sont tout de même une approche souhaitable pour apprendre les tous premiers outils. Mais mieux vaut ne pas s'en contenter, et ne pas prendre tous ce qu'ils disent pour argent comptant. Éviter les formations qui mélangent hypnose et idéologie.

4.     N’importe qui, ayant suivi votre cursus serait-il capable de pratiquer de l’hypnose ? Quels sont les requis nécessaires supplémentaires, qu’il faut posséder ?

Je pense qu'une maîtrise correcte du langage est nécessaire. En effet, il faut savoir s'adapter à tous types de personnes, de celles qui s'expriment le plus correctement à celles qui s'expriment avec beaucoup de simplicité. Et toute la partie suggestion de l'hypnose n'est que de la linguistique appliquée. Il faut accepter l'échec avec joie, être persévérant, pas dans la volonté de pouvoir, ne pas vouloir valoriser son ego et être rigoureux et travailleur. Un intérêt pour les neuro-sciences et la psychologie est appréciable. Pour être hypnothérapeute, la psychopathologie, la psychologie cognitive et autres domaines de la thérapie sont précieux.
Je ne pense pas que le cursus que j'ai suivi suffise à pratiquer l'hypnose. Aucun cursus proposé actuellement ne suffit à le pratiquer sérieusement. Il faut donc beaucoup compléter sa formation par soi-même. Être très exigeant avec soi-même. 

5.    Cette pratique est-elle considérée comme une branche de la médecine (en général, dans le monde) ?
Officiellement non. Historiquement, c'est la médecine qui s'est le plus intéressé à cette pratique et qui l'a fait le plus avancer. Aujourd'hui, c'est une pratique ouverte bien que certains médecins souhaitent la réserver à leur exercice. Dans l'esprit des gens, elle est soit assimilée au divertissement, soit à la médecine, soit aux « médecines alternatives », soit à la psychothérapie, soit au charlatanisme. 

6.    Pourquoi avez-vous décidé d’exercer ce métier ?
C'est une question difficile. Je pense que ce métier correspondait à mes qualités naturelles (enfin acquises bien entendu). J’ai donc appris très rapidement et eu vite de très bons résultats. Les aspects théoriques, historiques, sociologiques, neurologiques, psychologiques, linguistiques et surtout techniques et pratiques de l’hypnose m’ont tous rapidement intéressés et passionnés. Donc,je m’en suis trouvé comblé. 

7.    Quelles sont les limites de votre métier ?
Il y en a beaucoup. En hypnothérapie, ce sont les limites de la psychosomatique notamment. Et puis ne pas empiéter sur la psychiatrie (les psychoses notamment). Il y a évidemment les limites liées à la complexité des cas. Une limite importante réside dans le niveau de compétence de l’hypnotiseur. Une limite trop souvent franchie est celle de l’irrationalité.
Mes propres limites sont celles de ma compétence, de la complexité des individus humains que j'ai devant moi (qui ne sont pas des machines), et de mon éthique (les limites que je m'impose). Je respecte également les limites du consentement individuel, de la correction, de la civilité, les limites de temps (contrainte très importante), les limites de la loi. N'hésitez pas à me reposer la question en précisant de quelles limites vous parlez et dans quels domaines. 

8.    Pourquoi vos patients viennent-ils vous voir ? Qu’attendent-ils de vous ? Donnez nous les exemples les plus fréquents.
Comme je ne suis pas médecin, je ne suis pas légalement autorisé à dire que les personnes qui viennent me voir sont des patients. Les demandes les plus fréquentes portent sur les addictions (tabac en tête, cannabis,...), les comportements alimentaires, les phobies, angoisses, mal-être, dépression, problème de confiance en soi, gestion des émotions,troubles légers de la personnalité, TOC, tics, problèmes relationnels, troubles sexuels, troubles du sommeil, etc... Beaucoup de demandes. Mais pas seulement en thérapie. Il y a  aussi : préparation d'un examen, préparation mentale pour un sportif, relaxation, etc... Ça fait un peu marabout comme ça, mais c’est la réalité de notre métier. Quelque chose d’évident est commun à toutes ces demandes, c’est la possibilité d’agir partiellement ou totalement par la psychosomatique, le conditionnement, le déconditionnement, la psychologie des profondeurs, la dissociation... en bref, l’hypnose
En général, ils attendent de moi un changement concret en peu de séances, et de s'orienter petit-à-petit vers l'avenir en réglant la question du passé. La thérapie est un gain d’autonomie par un certain lacher-prise et souvent un gain de maturité émotionnelle important. 

9.    Comment arrivez vous à gagner la confiance de vos clients ?
Il y a bien des « techniques » comme les techniques d'adaptation, d'écoute active, etc... Mais le mieux c'est encore d’être honnête, sincère, naturel, simple et pas prétentieux. Et généreux. Et alors, la confiance s'établit très vite. Et si jamais ça n'était pas le cas, se dire qu'on ne peut pas plaire à tout le monde, et ça n'est pas très grave. Après, il faut garder à l’esprit que les gens viennent de leur plein gré. Ils ont déjà en partie assez confiance pour se prêter au jeu. Je ne demande jamais aux gens d’avoir une confiance aveugle. Ça serait inquiétant. C’est pourquoi l’état d’hypnose est souvent vécu comme une façon d’être à la fois présent et attentif et à la fois très profondément plongé dans l’expérience, surtout lors de la première séance. Avec l’habitude et le fait de mieux se connaître, les personnes explorent ensuite un plus grand lacher-prise. 

10.    Est-ce qu’on hypnotise toutes les personnes de la même manière ?
Absolument pas. Chaque personne est différente. Certaines personnes sont très réceptives à la suggestion. On utilisera alors des suggestions adaptées à elles pour les guider dans l'hypnose. D'autres sont moins sensibles à la suggestion, il faudra être plus subtil et plus détaillé dans les suggestions et utiliser également des techniques, des exercices qui induisent l'hypnose. D'autre personnes, rares heureusement, sont très rétives aux suggestions et résistantes aux techniques de base : il faudra alors les entraîner à l'hypnose plus progressivement et patiemment avec des méthodes adaptées. En plus de cela, on adaptera l'induction (= façon d'hypnotiser) aux attentes de la personne, à son désir, à son objectif thérapeutique, à sa personnalité, à son intelligence, etc... Malgré cela, certains trucs peuvent marcher pas trop mal pour beaucoup de gens. Mais en général, les méthodes apprises par cœur, rigides et simplistes ne sont efficaces que sur les personnes très réceptives et qui de toute façon, n'en auraient même pas eu besoin pour entrer en hypnose.

11.    Quels sont les éléments indispensables au bon déroulement d’une séance d’hypnose ?
- la confiance et l’assurance
- la patience
- l'écoute et une attention de chaque instant à la personne, à son discours, à ses réactions, etc... Il s'agit d'une véritable navigation subtile pour ne pas que la personne sorte de l'état ou qu'elle simule ce qu'on attend d'elle.
- le sens de l’observation
- le calme et la confiance en ses compétences
- la créativité
- le temps (ne pas être pressé par le temps)
- la simplicité
- la sincérité

12.    Comment faites vous pour hypnotiser vos clients ? Quelles sont les étapes à suivre ?
Je ne fais presque jamais de la même façon. Il y a donc des centaines de façons de faire et des milliers de combinaisons possibles. Une bonne façon de procéder pourrait se résumer ainsi :
1 : expliquer à la personne ce qu'elle va vivre. En gros, on influence ce que la personne pourra dire si on lui demande comment c'était après la séance. C'est de la suggestion pure, parfois appelé « pre-talk ». ex : « l'hypnose est un état qui … ». On peut le faire par une explication, un récit, une anecdote, une démonstration, etc.. On pose le cadre de référence.
2 : créer le désir et l'attente. Ex : « Vous aimeriez essayer ?vous voulez que je vous explique comment on fait ? » on peut même créer la frustration en retardant un peu l'instant.
3 : proposer une technique. Soit basée sur la suggestion, soit sur une technique mécanique, (des milliers de possibilités à ce stade). En général, on crée une catalepsie partielle (de la main) pour accélérer le développement d'une catalepsie générale du corps qui est caractéristique d'un bon état d'hypnose (bien que pas systématique). Catalepsie = rigidité naturelle et involontaire des muscles qui se produit pour permettre de garder longtemps et sans effort une position inconfortable. Ça contrarie un peu le cliché de la détente en hypnose.
Ensuite, il y a les étapes de la séance elle-même, par exemple pour la thérapie ; les étapes du travail thérapeutique avec le développement de phénomènes hypnotiques spécifiques et l’intégration de suggestions thérapeutiques et d’apprentissages inconscients. Et avant tout cela, on prend le temps de parler avec la personne, de l’écouter, de répondre à ses questions, et de lui expliquer des choses importantes.  

13.    Y a-t-il des risques à pratiquer l’hypnose ? Pouvez vous perdre le contrôle de l’esprit d’une personne ? Que faîtes vous si le cas survient ?
On ne contrôle pas l'esprit de l'autre, on le guide. Une personne peut s'endormir, ou se réveiller et dans les deux cas ne plus suivre le guide. Dans ce cas, on tachera de « rétablir le contact ». L'hypnose profonde n'est pas un état anodin et l'utilisation des phénomènes hypnotiques et de la dissociation n'est pas un jeu sans conséquence. Il est important pour l’hypnotiseur de s'assurer que tout se passe de façon que la personne n'aura que des bénéfices à cette expérience. Mais globalement, l'hypnose étant basée sur une confiance et un accord profond, la personne garde toujours un certain contrôle de l'expérience même très inconsciemment, de sorte qu'il ne peut pas vraiment se passer de choses dommageables. 

14.    Comment faites vous si vous êtes face à une personne insensible à l’hypnose ?
Toute personne disposant d'un cerveau est capable de dissociation. Une personne n'est pas donc pas insensible à l'hypnose en elle-même. Simplement, on peut être plus ou moins réceptif à telle méthode, appliquée par telle personne, dans tel contexte, dans tel but. Certaines personnes ont un blocage profond pas toujours évident à contourner. Certaines personnes ont besoin de plus de temps que d'autres. La confiance est l'élément principal de l'efficacité, ainsi que l'adaptation et la diversité des outils. Si je suis face à une personne que je n'arrive vraiment pas à accompagner dans l'hypnose dans le temps que nous pouvons nous accorder. , ce qui, par chance, est très rare, je l'aiguillerai vers un collègue ou lui conseillerai des exercices réguliers pour accroître sa réceptivité et son lacher-prise.
Par contre, il existe de réelles différences de réceptivité à la suggestion. Dans le cas d'une personne peu réceptive à la suggestion, on évitera d'essayer de lui induire l'hypnose par de simples suggestions ou par l'imagination et on privilégiera une méthode plus mécanique, ou bien on fera en sorte d'accroître sa réceptivité aux suggestions. Dans le cas d'une personne très réceptive à la suggestion, très peu de choses suffiront pour que ce qu'on lui fait imaginer deviennent un véritable vécu, ce qui simplifie largement la tache. 

15.    Avez-vous quelques astuces à nous proposer afin que nous aussi puissions hypnotiser d’autres personnes ?
Repérez les personnes très réceptives à la suggestion. Par exemple, demandez aux gens de mettre un de leur bras droit devant eux et d'imaginer que des millions de ballons d'hélium sont accrochés à leur poignet, et de continuer d'imaginer et de ressentir. Les personnes dont la main commencera à monter involontairement très rapidement ont un excellent lien entre ce qu'elles imaginent et la réponse que leur cerveau donne, qui essaie d'en faire une réalité. A ces personnes là, demandez-leur d'imaginer un immense pendule qui se balance plusieurs mètres derrière eux et de bien le fixer mentalement et de se laisser bercer et endormir par le balancement. Dites leur que plus ils regardent et plus une étrange fatigue va fermer leurs yeux progressivement et que quand les yeux se ferment, il s'endorment profondément en restant bien immobiles. Rappelez leur de bien regarder le pendule se balancer derrière eux. Quand ils ont les yeux fermés, dites leurs de se sentir bien et de se réveiller complètement à 3, puis comptez jusqu'à 3. Un petit truc aussi rudimentaire et « à l'ancienne » fonctionnera très bien sur des personnes réceptives et leur offrira un peu de bien-être sans danger. Ça n'est pas d'une grande subtilité, mais ça a le mérite d’être simple et efficace. 

16.    Plusieurs personnes ne croient pas en l’hypnose. Quelles preuves scientifiques pouvez vous avancer afin de leur prouver le contraire ?
Le mieux est d'en faire l'expérience soi-même. Presque toutes les personnes qui viennent me voir sont sceptiques en arrivant. Et tant mieux. Croire n'est pas une nécessité. L'hypnose n'est pas imaginaire, c'est une capacité cérébrale. Vous n'avez pas besoin de croire que le sommeil existe pour dormir, n'est-ce pas? L'hypnose n'est pas une question de croyance, de même qu'elle n'est pas une affaire d'idéologie ou de religion et encore moins de morale. 

17.    D’après les dernières avancées scientifiques, avons-nous prouvé d’une quelconque manière que l’hypnose est à l’origine de traces dans le cerveau ?
Beaucoup d'expériences sont faites pour identifier l'hypnose dans le cerveau et qui donnent des résultats intéressants. Le problème, c'est que la méthode utilisée pour induire l'hypnose influence énormément ce que sera cet état. Ainsi, il est très difficile d'obtenir des résultats généralisables. De même, la questions des états simulés d'hypnose et des véritables états d'hypnose pose également problème. L'utilisation de médicaments hypnotiques est une solution à ce problème de méthodologie scientifique, mais guère satisfaisante. L’hypnose est une pratique complexe et trop de paramètres subtiles ont une influence sur la nature de la dissociation vécue. Par conséquent, les études fréquentes ont tendance à se contredire car chacune utilisant un protocole d’induction expérimentale de l’hypnose différent et parfois pas assez contrôlés expérimentalement. 

18.    Avez-vous entendu parler des neurones miroirs ? Si oui, concernent-ils l’hypnose ?
Difficile à dire encore à ce stade. Des méthodes pour provoquer l'hypnose peuvent se baser sur les neurones miroirs. Leur découverte vient de plus confirmer beaucoup de choses que les hypnotiseurs pratiquent depuis longtemps pour augmenter le rapport de confiance qu'ils établissent, et également les suggestions non-verbales, gestuelles. Il est possible également que le principe des neurones miroirs soit très proche de ce qui se produit lors d'une action imaginée qui se traduit pas une réponse idéo-motrice, en générale une action imaginée de façon associée (je vis l'action de l'intérieur, et je ne me vois pas faire l'action d'un point de vue extérieur), mais cela reste à étudier pour relier le rôle des neurones miroirs à l'étude des degrés de dissociation. 

19.    Est-ce que les illusions d’optiques peuvent être mises en relation avec l’hypnose ?
Dans un sens oui. Elles montrent que la réalité extérieure n'existe pour nous que par la façon dont nous la percevons et qui est entièrement composée dans notre cerveau. Notre perception du monde n'est qu'une immense hallucination qui cherche à créer des suites logiques, à compléter les trous, à donner une perception simple des choses. Et parfois, cela nous joue des tours. En hypnose, on prend conscience de cette subjectivité pour « jouer » avec, la transformer temporairement. On peut modifier cette illusion du cerveau pour modifier la réalité perçue, et même créer une autre réalité comme dans les rêves. 

20.    Pensez vous que les fictions (romans, films, séries…) sur l’hypnose coïncident-ils avec la réalité scientifique ? Si oui, en quels points ? Que pensez vous des spectacles d’hypnotiseurs ?
L'hypnose n'est pas une science. La science peut s'intéresser à l'hypnose et en donner une explication mais l'hypnose est un phénomène naturel et une pratique humaine. De la même façon, la science explique le feu, mais le feu n'est pas une science, c'est un fait de la nature. Les fictions donnent un éclairage de l'hypnose différent de celui de la science. Et parfois, les fictions perpétuent des clichés éculés et ringards et des contre-vérités comme des prétendus dangers, etc... Mais en réalité, les conférences d'apparence sérieuse, les livres aux titres incompréhensibles, etc, sont parfois tout aussi porteurs d'approximations et de contre-vérités.
Les spectacles d'hypnose sont rares en France. A part quelques animations de comité d'entreprise ou de discothèques, des apparitions télé et autres ou un hypnotiseur hypnotise des groupes de gens pour les désinhiber. On ne peut pas vraiment parler de spectacle au sens moderne à cause du manque de travail artistique autour, mais plutôt de démonstration divertissante, ou d’animation. Il en existe certains qui sont de vrais spectacles innovants utilisant l'hypnose mais trop rares malheureusement. Les désinhibitions collectives souvent de mauvais goût qu'on voit à la télévision ne sont pas vraiment basées sur l'hypnose en réalité mais sur un phénomène de complaisance parfois à la limite de l'hypnose moyenne sur les sujets naturellement réceptifs et de la simulation semi-volontaire sur les autres . Le numéro consistant à placer une personne rigide entre deux chaises est un principe anatomique qui n'a rien à voir avec l'hypnose contrairement à ce qui est prétendu. Il est assez malhonnête de le présenter comme un « pouvoir du cerveau ». De même, beaucoup de numéros sont basés sur la suggestion et non sur l’hypnose. Là aussi, ça n’est pas très honnête de les présenter comme de l’hypnose.
Cependant, certains hypnotiseurs qui utilisent des sujets très réceptifs pour faire la démonstration d'amnésies ciblées, de réactions programmées sur un déclencheur, d'hallucinations, etc., sont habiles et divertissants et permettent de mettre en évidence de façon ludique et amusante les capacités réelles du cerveau humain. Il est souhaitable que cela se développe à mon avis, avec plus d'innovation, de créativité et de diversité. Trop de numéros sont des reprises quasi identiques de numéros datant parfois de plus d’un siècle.
Beaucoup de gens appellent « hypnose classique » l'hypnose faite en spectacle. C'est une erreur, puisque l'hypnose classique consiste en un ensemble de techniques spécifiques très mécaniques, répétitives et longues utilisées surtout au XIXe et au début du XXe siècles par les médecins pour obtenir des états somnambuliques artificiels. L'hypnose de spectacle, elle, si elle est bien faite, est beaucoup plus subtile et indirecte que cela. En effet, pour donner l'impression qu'une simple instruction a permis d'obtenir un résultat impressionnant, et ainsi donner l’illusion d’un « pouvoir de fascination », l'hypnotiseur a à cœur de glisser beaucoup de suggestions cachées dans son discours de présentation, dans son récit, dans son apparence, dans sa mise en scène, etc...